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Congo-Kinshasa/Belgique
Charles Michel : "La rupture se fera sans moi"
Martin Buxant et Francis Van de Woestyne
Mis en ligne le 27/05/2008
entretien
Le ministre de la Coopération, le libéral francophone Charles Michel, fustige les prises de position "unilatérales" et "accusatrices" du ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht sur le Congo.
Estimez-vous que le ministre des Affaires étrangères commet une erreur en répétant ces accusations à l'encontre du Congo ?
Je demande que l'on cesse de jeter de l'huile sur le feu. Ensuite, et je le dis clairement : pas touche à la coopération au développement de la Belgique avec le Congo. Nous avons un accord de gouvernement qui stipule que le Congo est le principal pays destinataire de la coopération belge. On est à 170 millions d'euros par an de coopération au développement; il y a 4 500 Belges qui vivent au Congo dont 3 000 à Kinshasa. Et 30000 personnes sont d'origine congolaise en Belgique. Alors, il y a deux stratégies possibles : la complaisance béate et la stratégie du mégaphone et de la rupture. Je ne m'inscris ni dans l'une ni dans l'autre.
C'est Karel De Gucht, "la stratégie du mégaphone et de la rupture" ?
C'est vous qui le dites. Moi, je plaide pour une stratégie du partenariat responsable. C'est le point de vue du gouvernement belge. Je demande que l'on s'exprime dans le cadre de cette position-là ! Si on fait le choix de s'exprimer de manière strictement unilatérale et peu nuancée, on s'écarte de l'accord de gouvernement...
Est-ce la réaction congolaise qui vous inquiète - rappel de l'ambassadeur, NdlR - ou bien avez-vous une divergence de fond avec De Gucht ?
Je devine que la persistance d'un discours unilatéral qui stigmatise les mauvais côtés sans mettre en parallèle les avancées réelles, notamment le fait qu'un gouvernement est démocratiquement élu au Congo, agace les autorités congolaises. Le discours de Karel De Gucht est strictement unilatéral et sa position est strictement accusatrice. La politique internationale mérite la nuance; la politique internationale ce n'est pas un café du commerce.
En matière de bonne gouvernance au Congo...
Il y a beaucoup à faire et nous nous y employons à travers des projets concrets de coopération au développement. Le devoir moral, c'est d'être utile et efficace pour la population locale. En 1990, le gouvernement belge avait choisi de casser ses relations avec le Congo. Il a fallu attendre 16 ans pour que le Congo puisse tenir des élections. Je le dis calmement et sobrement : je ne participerai pas à une faute historique qui serait celle de la rupture. Si c'est cela l'agenda, si on espère toucher à la coopération de la Belgique avec le Congo, alors, ce sera sans moi et sans plusieurs membres de ce gouvernement.
Mais Karel De Gucht prétend qu'il est parfaitement en ligne avec l'accord de gouvernement ! Et que les francophones transforment la diplomatie en problème communautaire...
C'est une déclaration parfaitement ridicule : ce n'est pas un problème communautaire. A la limite, il s'agit aujourd'hui de vérifier si ce n'est pas un problème personnel dans la manière dont le ministre des Affaires étrangères s'exprime : unilatéralement et sans nuance. Il y a bien assez de problèmes au Congo que pour que nous commencions à y exporter nos problèmes communautaires.
Pourquoi le Premier ministre ne sort-il pas du bois en redonnant la position officielle de la Belgique ?
Je demande que, rapidement, le gouvernement débatte du problème. Ce qui permettra à Leterme d'exprimer la position officielle. Mais on ne touchera pas à la coopération belge.
Comment se fait-il que Leterme n'ait pas pris contact avec le président Joseph Kabila ?
Je plaide pour qu'il le fasse : ce qui s'est passé n'est pas banal. Leterme doit prendre le pilotage direct de ce dossier.
Vous réfutez toute communautarisation du dossier, mais le credo de la "goed bestuur" est quand même flamando-flamand avant-tout...
Je conteste aux Flamands la monopole de la "goed bestuur" (bonne gestion). Je revendique au nom du MR le même sérieux dans la gestion, la même rigueur avec les deniers publics. Il y a un amalgame qui est fait : l'argent de la coopération belge au Congo est strictement contrôlé.
Ce n'est pas de l'argent qui est injecté dans les poches des hommes politiques congolais mais dans le développement du pays. La Belgique pourrait faire mieux encore, notamment en raccourcissant les délais d'exécution des paiements et en cessant de saupoudrer l'aide au développement - concentration géographique et sectorielle.
L'arrestation de Jean-Pierre Bemba samedi soir est-elle de nature à apaiser les relations entre Bruxelles et Kinshasa ?
Je ne vais certainement pas commenter cette arrestation.
Ecoutez l'interview de Charles Michel, sur
www.lalibre.be
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