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Etats-Unis - présidentielle
Une candidate au profil d'épouvantail
Philippe Paquet
Mis en ligne le 04/09/2008
Il voulait détourner l'attention des médias de Barack Obama et ramener toute la lumière sur lui. John McCain a réussi au-delà de toute espérance : on ne parle plus que de lui. Ou, plus exactement, de celle qu'il a choisie vendredi comme colistière. Et du manque de jugement que semble trahir cette sélection tant Sarah Palin traîne de casseroles.
Il y a la grossesse de sa fille mineure et célibataire, Bristol. Mais, pour sensationnelle qu'elle soit, cette révélation ne serait que la partie émergée d'un iceberg. Et on a beau avoir grandi au pays des glaces, en Alaska, de tels icebergs ont de quoi faire peur.
La grossesse de Bristol Palin, paradoxalement, ne choque pas la droite conservatrice sur le plan moral, dans la mesure où la famille a choisi de privilégier "le droit à la vie" en gardant l'enfant. Mais elle jette un doute sur la capacité de la candidate républicaine à la vice-présidence (dont on découvre par la même occasion l'opposition non seulement à l'avortement, mais aussi à l'éducation sexuelle à l'école) à élever ses enfants et à tenir son ménage.
Elle relance aussi le débat sur la difficulté de concilier une vie de famille et une vie professionnelle, a fortiori une vie publique au plus haut niveau. Dans le cas de Mme Palin, cette difficulté est accrue par le fait qu'elle doit veiller sur un nourrisson atteint de trisomie 21.
Ce qui aggrave la situation, c'est que Sarah Palin aurait caché la grossesse de sa fille aux "enquêteurs" du Parti républicain venus s'informer sur le profil politiquement correct et électoralement étanche de la candidate. Elle n'en a informé l'entourage de M. McCain que jeudi dernier, à quelques heures de sa première rencontre avec le sénateur de l'Arizona (ils ne s'étaient auparavant parlé qu'une seule fois, au téléphone).
Les responsables de la campagne de John McCain assurent que la sélection de Mme Palin a suivi la rigoureuse procédure d'usage. Il semble, toutefois, que les choses aient été précipitées, ne laissant pas à l'état-major républicain le temps nécessaire pour procéder à toutes les vérifications.
On est enclin à le croire au vu des informations qui font surface aujourd'hui. La plus étonnante n'est pas d'apprendre que Todd Palin, le mari de la candidate qui a du sang esquimau par sa mère, a milité dans les rangs du Parti indépendantiste d'Alaska (AIP). Sarah Palin elle-même n'en aurait jamais fait partie, mais a plus d'une fois exprimé sa sympathie à cette formation, marginale, certes, mais qui réclame ouvertement la sécession d'un territoire acheté à la Russie en 1867 et devenu un Etat de l'Union en 1959.
La carrière de la candidate, comme maire de Wasilla, puis comme gouverneur de l'Alaska, sème également le trouble. Recourant à des pratiques que désavoue John McCain, elle a fait appel à des lobbyistes pour faire pleuvoir des subsides fédéraux sur sa ville (on parle de 29 millions de dollars, ce qui fait beaucoup pour une communauté de 10 000 habitants). Elle a par ailleurs reçu 4500 dollars de fonds de campagne d'une entreprise pétrolière, Veco, qui se retrouve aujourd'hui au coeur d'un scandale de corruption : rien d'illégal, mais une péripétie qui fait tache quand on veut jouer les chevaliers aux mains blanches.
Censure à la bibliothèque
On découvre encore que Sarah Palin a plus d'une fois abusé de son pouvoir pour révoquer ici un responsable de police qui s'était refusé à licencier son ex-beau frère avec qui elle était en froid, là une responsable de la bibliothèque publique de Wasilla qui résistait à la volonté du maire de mettre à l'index des livres "inconvenants" de son point de vue.
Face à ce déluge, que Sarah Palin ait fumé de la marijuana dans sa jeunesse ou qu'elle ait été mise à l'amende pour pêche illégale ne font plus figure que de peccadilles. Compte tenu de l'âge et de la santé de John McCain, les Américains se demandent plus sérieusement s'ils peuvent prendre le risque de voir une telle personnalité assumer éventuellement un jour la présidence des Etats-Unis.
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