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Congo-Kinshasa

Un enfant soldat accuse et se rétracte

Mis en ligne le 29/01/2009

Le procès de Thomas Lubanga a été ajourné. Une enquête a été ouverte pour tenter de déterminer ce qui a poussé le jeune homme à changer ses déclarations.

Moments forts, mercredi, devant la Cour pénale internationale (CPI), qui a entamé lundi son premier procès : celui de Thomas Lubanga, seigneur de la guerre en Ituri (nord-est du Congo), poursuivi pour l’utilisation d’enfants-soldats.

Dans la matinée, un ancien enfant soldat a raconté comment il avait été recruté par des soldats de Thomas Lubanga. "Certains élèves étaient enrôlés et emmenés, j’étais un de ceux qui ont été conduits dans des camps militaires. Cela s’est passé alors que nous rentrions à la maison [ ] je sortais de l’école", a déclaré le témoin en swahili, sa langue maternelle, idiome usuel dans l’est du Congo.

"Ils portaient les tenues militaires de l’UPC", l’Union des Patriotes congolais, la milice de Thomas Lubanga, a poursuivi le jeune homme, installé derrière un rideau, à l’abri des regards du public par mesure de protection.

Masqué et voix brouillée

"C’étaient des soldats de Thomas Lubanga. Ils étaient armés et plus nombreux que mes amis et moi", a-t-il ajouté, la voix brouillée pour protéger son anonymat. "Ils nous ont dit que le pays était dans les troubles et que les jeunes devaient se mobiliser pour sauver le pays", a raconté le témoin. "Je leur ai répondu que nous étions encore trop jeunes, [ ], qu’il y avait parmi nous des enfants." Il a dit ne pas se souvenir de la date des faits en raison de son jeune âge à l’époque.

Durant son témoignage, Thomas Lubanga, 48 ans, habillé d’une veste noire et d’une cravate rouge, est resté très attentif et a pris des notes, dirigeant régulièrement son regard vers le témoin.

Plus tard dans la journée, toutefois, le témoin s’est rétracté. "Non, je n’ai pas été dans un camp d’entraînement militaire", a déclaré le jeune homme, interrogé par l’accusation. "C’est faux", a-t-il répondu ensuite au président de la Cour, le Britannique Adrian Fulford, qui l’interrogeait sur les déclarations qu’il avait faites mercredi matin.

L’accusation a demandé une suspension du procès pour permettre la tenue d’une "enquête sur les inquiétudes du témoin quant aux mesures de protection dont il fait l’objet [ ] et à ce qui se passera lorsqu’il rentrera au pays, après son témoignage". "Nous sommes persuadés que cela a un effet sur le témoignage qu’il livre en ce moment", a affirmé, pour l’accusation, Fatou Bensouda.

Procès ajourné pour enquête

Le président du tribunal a ordonné la suspension de l’audition du témoin "pour savoir s’il s’est passé quelque chose pendant la journée qui ait pu (le) déstabiliser ou (le) perturber de façon telle qu’il a pu s’écarter de sa déposition". "Nous verrons ensuite s’il y a lieu de prendre des mesures de protection supplémentaires" , a-t-il ajouté.

Le procès a été ajourné à jeudi matin. Les trois juges devraient alors entendre, "probablement à huis clos", l’accusation, en présence de la défense et des représentants des victimes, mais sans le témoin, selon une porte-parole de la CPI. Ils se prononceront ensuite sur les suites à donner au témoignage, a-t-elle précisé. (AFP)

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