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Brésil - religion
"Le viol moins grave que l’avortement"
Christian Laporte
Mis en ligne le 11/03/2009
L’excommunication d’une jeune mère de famille de Recife par l’archevêque catholique local, soutenu par le Vatican, parce qu’elle a fait avorter sa fille de neuf ans, victime d’un viol et portant des jumeaux au péril de sa propre vie, remue l’opinion brésilienne. Et a amené le président Lula à "déplorer profondément en tant que chrétien et catholique qu’un évêque de l’Eglise catholique ait un comportement aussi conservateur". Dans la foulée, il a pris la défense de l’équipe médicale. Depuis lors se succèdent de nombreuses réactions négatives de fidèles catholiques. Il faut dire qu’ils ne comprennent pas Rome qui semble laisser croire que le viol serait moins grave que l’avortement.
Bref rappel : voici quelques jours, on apprenait que l’archevêque de Recife avait excommunié la mère d’une enfant de 9 ans qui avait dû avorter de jumeaux à la suite d’un viol. Dans la foulée, les médecins qui ont réalisé l’IVG subissaient à leur tour les foudres de Mgr José Cardoso Sobrinho. Ce dernier a justifié son geste en arguant qu’aux yeux de l’Eglise "l’avortement était un crime" et "que la loi de Dieu était au-dessus de celle des hommes".
"Quand une loi promulguée par des législateurs humains est contraire à la loi de Dieu, cette loi n’a aucune valeur", avait encore dit Mgr Sobrinho qui a menacé d’attaquer la mère en justice pour homicide. La grossesse, de quinze semaines, de la fillette avait été découverte quand elle avait commencé à ressentir des douleurs et sa mère ignorant les faits l’avait immédiatement fait hospitaliser.
Doubles risques graves
Pour le médecin qui a réalisé l’intervention, la grossesse comportait de hauts risques et mettait la vie de l’enfant en danger et c’est pourquoi il n’a pas hésité à intervenir. Selon l’enquête de la police, le beau-père de l’enfant abusait d’elle depuis qu’elle avait six ans, ainsi que de sa soeur aînée de 14 ans qui est handicapée. L’auteur des faits qui a 23 ans, a avoué les délits et encourt 15 ans de prison. Des éléments accablants qui ont amené les médecins à procéder à l’IVG toujours interdite au Brésil, sauf en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère.
"L’état de la fillette s’appliquait aux deux cas et, comme médecins, nous ne pouvions pas faire courir de risques à une enfant de 9 ans, dont les organes ne sont pas encore formés", a ajouté le Dr Cabral.
Cela n’a pas empêché le Vatican de venir au secours de son archevêque. Le cardinal Giovanni Battista Re, préfet de la congrégation pour les évêques, a, en effet, justifié l’excommunication de la mère de la fillette "car les jumeaux qu’elle portait avaient le droit de vivre" a-t-il expliqué à "La Stampa". "C’est un triste cas" expliquait le cardinal Re, "mais le vrai problème est que les jumeaux conçus étaient deux personnes innocentes, qui avaient le droit de vivre et qui ne pouvaient pas être supprimées !"
Une prise de position qui a choqué nombre de croyants ou non mais il faut savoir que Mgr Re préside aussi la Commission pontificale pour l’Amérique latine. Or l’Eglise du Brésil est non seulement la plus grande du sous-continent américain mais aussi de toute l’Eglise. Et donc stratégiquement très importante. D’où, au passage, une défense inconditionnelle du prélat qui a prononcé l’excommunication car "l’attaque contre l’Eglise brésilienne est injustifiée". "L’excommunication pour ceux qui ont provoqué l’avortement est juste", car cette opération constitue "toujours la suppression d’une vie innocente", a commenté le représentant de la Curie. Cependant, face à l’avalanche de critiques, le cardinal Sobrinho vient de dire que l’excommunication serait levée si ceux qui ont aidé l’avortement "expriment de la peine et des regrets".
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