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Israël

Gouvernement nationaliste

Renée-Anne Gutter

Mis en ligne le 01/04/2009

La droite nationaliste domine l’équipe de Benjamin Netanyahou. Les travaillistes peineront à lui donner un brevet de respectabilité. A force d’élargir sa coalition, le Premier ministre a irrité beaucoup de monde.

Un gouvernement, deux idéologies, trois egos : c’est le 32e gouvernement d’Israël en 61 ans, le second de Benjamin Netanyahou depuis 1996. Théoriquement, sa coalition représente une majorité suffisamment confortable pour laisser espérer une certaine stabilité : 69 sièges sur les 120 de la Knesseth, comprenant le Likoud (27 sièges) dont le Premier ministre Netanyahou sera aussi "ministre suprême" des Finances, Israël Beiténou (15) du désormais chef de la diplomatie Avigdor Lieberman (lire en page 13), les travaillistes (13) d’Ehoud Barak qui garde la Défense, les religieux sépharades de Shass (11) et les ultranationalistes du Foyer juif (3). A quoi devraient s’ajouter d’ici peu 5 sièges des orthodoxes ashkénazes du Judaïsme de la Tora.

Mais dans la pratique, le nouveau gouvernement comporte déjà les germes de sa chute prématurée : répartition inégale des portefeuilles qui le rendra tributaire de mutineries internes et fossé politique où domine la mouvance nationaliste qui empêchera tout progrès substantiel en matière de paix régionale et discréditera Israël sur la scène internationale.

En s’efforçant à tout prix de former une coalition élargie, M. Netanyahou a notamment fait de nombreux mécontents dans son propre parti. Il a donné la plupart des postes influents à Israël Beiténou, aux travaillistes et à Shass, laissant aux ténors du Likoud de nombreux titres honorifiques, mais peu de portefeuilles substantiels.

En contraste, par exemple, M. Lieberman - qui est sous le coup d’une enquête de la police pour affaires de corruption - a obtenu ce qu’il voulait : la mainmise sur la Sécurité publique (la Police) parmi les cinq portefeuilles de son parti, et la nomination à la Justice d’un juriste qui prône la mise au pas du système judiciaire. En l’occurrence, l’avocat Yaakov Ne’eman, indépendant de droite, non député. Par ailleurs, Israël Beiténou a mis en garde : si M. Netanyahou s’avise de lui retirer les Affaires étrangères, au cas où M. Lieberman serait traduit en justice, le parti quittera le gouvernement.

Cette distribution de postes disproportionnée a aussi abouti à l’établissement du cabinet le plus démesuré qu’ait connu le pays, avec une inflation de portefeuilles subdivisés et réinventés pour accueillir 30 ministres et 9 vice-ministres. Un "méga-cabinet" qui grèvera le budget national de centaines de millions de chekels, alors que M. Netanyahou promet précisément de sortir le pays de la crise économique globale.

Par ailleurs, M. Netanyahou se voit entouré de deux tempéraments aussi autocratiques que lui : MM. Barak et Lieberman qui, en plus de leurs désaccords politiques, se détestent cordialement. Commandant les postes-clés du pays, tous trois devront mettre leurs égos en sourdine pour cohabiter. Toutefois, si M. Barak peut imposer son expertise sécuritaire, il aura difficile à tempérer les ardeurs nationalistes du gouvernement. Car M. Netanyahou a beau présenter les travaillistes comme sa garantie de respectabilité, leurs cinq ministres demeurent minoritaires face aux collègues de droite. Et ils seront d’autant plus déficients que la moitié de leur faction parlementaire reste opposée au partenariat avec Benjamin Netanyahou et promet de le combattre.

Savoir Plus

Dans le respect des accords

Le gouvernement Netanyahou est le résultat logique des législatives du 10 février, marquées par une radicalisation de la société israélienne et l’effondrement de la gauche. Emanation de l’Etat qui reste encore le plus démocratique de la région, il n’est pas contestable. Il le deviendrait s’il n’endossait pas les engagements bilatéraux et internationaux scellés par ses prédécesseurs. A cette aune, la première déclaration du nouveau Premier ministre n’incline pas à l’optimisme et vient conforter des craintes légitimes que l’on peut avoir sur un gouvernement qui réserve des postes sensibles à des ministres d’extrême droite anti-arabes. Ne pas même mentionner la perspective d’un Etat palestinien s’inscrit déjà en contradiction avec les accords passés. Quand le Hamas est sorti vainqueur d’autres élections démocratiques, en Palestine, le gouvernement qu’il a formé a été mis au ban du monde occidental parce que sa charte nie le droit à l’existence d’Israël. Pour ne pas être à nouveau frappée de la suspicion du "deux poids, deux mesures", la communauté internationale serait bien inspirée de juger le gouvernement Netanyahou sur ses actes et, le cas échéant, d’user des pressions ou d’adopter les sanctions nécessaires à la marche vers la paix.

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