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Sarkozy en fait beaucoup. Trop ?
BERNARD DELATTRE
Mis en ligne le 02/04/2009
J e n’accepterai pas que l’on renvoie à d’autres sommets la résolution de problèmes dont on connaît parfaitement la nature". Mercredi matin encore, Nicolas Sarkozy a accentué la pression sur ses homologues du G20. "Je ne m’associerai pas à un sommet qui se conclurait par un faux communiqué", a assuré le chef de l’Etat. Qui jugerait "incompréhensible" que le G20 n’accouche pas de "règles claires" sur les paradis fiscaux, les agences de notation ou la rémunération des traders. "Si on ne remet pas un peu de morale, un peu d’ordre, dans un système qui marche sur la tête, on n’a aucune chance de rétablir la confiance", a-t-il justifié.
Pour l’hôte de l’Elysée, "le compte n’y est pas" : ni aux yeux de Paris, ni à ceux de Berlin. Dans le même registre de la dramatisation, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a pronostiqué un G20 "plutôt difficile". La veille déjà, sa collègue des Finances, Christine Lagarde, avait envisagé que le chef de l’Etat français puisse quitter la table de négociations si celles-ci tournaient mal. Un scénario sur lequel Nicolas Sarkozy ne s’est pas étendu mercredi, disant tout au plus vouloir ne "pas croire qu’on en arriverait" à la chaise vide.
"Rodomontades pas à la hauteur", effets de "muscles" et de "style" d’"un De Gaulle aux petits pieds", a raillé le PS. Pour qui ces mâles paroles ne sont que des "postures" : un écran de fumée destiné à cacher par exemple le fait que le nouveau décret encadrant les rémunérations des grands patrons n’est que très partiel. On est un peu dans "le théâtral", a trouvé Jacques Attali, qui prépara nombre de sommets pour François Mitterrand. Dans l’hypocrisie, a ajouté l’ex-juge anti-corruption Eva Joly (passée chez les Verts), selon qui la France a tant tardé avant de faire le ménage dans des paradis fiscaux comme Monaco ou Andorre. On est dans le "mensonge", ont tonné des syndicats, déçus des promesses sarkozystes sur la sauvegarde du tissu industriel. Dans les rivalités d’ego, ont raillé des médias, pour qui Nicolas Sarkozy craint surtout de "se faire voler la vedette" à Londres par Obama. Dans l’"incohérence", a soupiré l’ex-Premier ministre Villepin, selon qui on ne peut en même temps revenir pleinement dans l’Otan en disant que les absents ont toujours tort et jouer la chaise vide au G20. Non, on est dans la "détermination" et le "sang-froid", a salué l’UMP, pour qui tout cela est "de nature à permettre d’obtenir des résultats".
Mais l’opinion, elle, n’y croit pas. Pas trop, en tout cas. Selon un sondage paru mardi soir, 59 pc des Français jugent que l’action de Nicolas Sarkozy contre la crise va "dans le mauvais sens". Le Président est certes crédité de détermination, de courage et de réactivité. Mais les Français ne le trouvent ni rassurant, ni à l’écoute, ni novateur dans ses idées.
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