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Corée du Nord
Un défi bien calculé
Arnaud Vaulerin et Michel Temman
Mis en ligne le 06/04/2009
On ne pourra pas reprocher à la Corée du Nord d’avoir pris tout le monde de court, en lançant dimanche la fusée "Voie lactée-2" (Unha-2). A la grande différence des essais de l’été 1998, qui avait suscité une grave crise régionale, Pyongyang avait annoncé depuis trois semaines le lancement de son engin. Manière d’afficher clairement ses projets et sa maîtrise du calendrier et des rapports de force. Dans sa stratégie de survie, le régime du "Cher leader" Kim Jong-il démontre ainsi qu’il conserve une capacité de nuisance inentamée. Et entend la monnayer dans ses négociations directes avec la nouvelle administration américaine.
Soutien iranien
Vendredi, le nouvel émissaire américain d’Obama avait d’ailleurs affirmé que Washington était disponible pour des contacts bilatéraux. Exsangue, la Corée du Nord espère glaner des devises, du pétrole et de la nourriture et la levée des sanctions économiques à son encontre. "Le régime nord-coréen veut montrer qu’il n’a pas rompu le processus de dénucléarisation", avance Valérie Niquet, directrice du centre Asie à l’Institut français des relations internationales. "Il espère ainsi gagner du temps avec les Etats-Unis au sujet de la vérification du démantèlement de ses installations".
La Corée du Nord joue donc les prolongations. Selon Selig Harrison, un expert du Centre de Politique internationale basé à Washington, le régime nord-coréen aurait commencé à "militariser" son plutonium, il y a déjà plusieurs mois. Pyongyang invoque la "légitime défense" et la "dissuasion nucléaire" face à ce qu’elle estime être les "dangers des impérialismes américain et japonais" dans son proche voisinage.
"La Corée du Nord prouve également sa maîtrise partielle des technologies balistiques", estime Kim Yong-hyun, professeur à l’université Dongguk, à Séoul. C’est peut-être pour évaluer sur place cette capacité que quinze experts iraniens du Groupe de développement de satellites et de missiles Shahid Hemmat Industrial, ont assisté dimanche au décollage de la fusée, rapporte le quotidien japonais Sankei, citant des sources américaines. Ce tir a indéniablement une visée régionale. Le régime nord-coréen entend ne pas se laisser impressionner par le discours de fermeté du Président sud-coréen. Depuis un an, le conservateur Lee Myung-bak s’est montré inflexible et a exigé fermement de la réciprocité dans des négociations qui se sont envenimées. Le message vaut pour également pour Pékin. "Kim Jong-il signifie à son protecteur qu’il n’entend pas se laisser dicter la conduite de ses affaires", note Valérie Niquet. "Du coup, la Chine est prise à son propre piège : elle ne veut pas lâcher son voisin, mais veut apparaître comme une puissance responsable, à l’origine du dialogue sur la dénucléarisation".
Unité interne
La Corée du Nord pourra aussi exploiter ces contradictions. A Pyongyang enfin, le tir sera probablement l’occasion pour Kim Jong-il de démentir un vide du pouvoir. On disait le "Cher leader" très affaibli depuis son attaque cérébrale de l’été dernier, mais le dignitaire communiste a rappelé dimanche qu’il était toujours aux commandes. La stratégie consistant à défier la communauté internationale est censée le servir et pourrait consolider l’unité interne au sein du Parti du travail alors que les rumeurs de succession à la tête du pays se sont succédé depuis l’automne. Kim Jong-il va triompher aux réunions de l’Assemblée populaire et des cadres du parti qui doivent se tenir en milieu de semaine à Pyongyang.
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