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Maroc
Cinq chrétiens expulsés pour prosélytisme : raidissement ?
Gérald Papy
Mis en ligne le 31/03/2009
Les autorités marocaines ont expulsé dimanche cinq "missionnaires étrangers" pour prosélytisme. Cette pratique, plus coutumière ces derniers mois dans l’Algérie voisine, est-elle le signe d’un raidissement en matière de religion dans un pays jusqu’ici relativement tolérant ?
Les cinq personnes expulsées seraient quatre Espagnols et une Allemande; elles auraient été interpelées, samedi, à Casablanca lors d’une "réunion de prosélytisme avec des ressortissants marocains", selon un communiqué diffusé par le ministère de l’Intérieur, à Rabat. "De nombreux supports de propagande évangélique ont été saisis sur les lieux de la réunion, dont des ouvrages et des cassettes video en langue arabe ainsi que d’autres objets de culte", a-t-il ajouté sans autre explication.
Sous réserve de confirmation de l’identité des chrétiens incriminés, il existe une réalité dans les pays du Maghreb, celle de la présence de "missionnaires" évangéliques qui ne cachent pas leurs intentions prosélytes. Le ministère marocain de l’Intérieur stigmatisait, il y a quelques mois, les agissements d’une Société biblique unie, disposant d’un bureau à Casablanca. Et les médias s’interrogeaient sur le rôle de missionnaires, agissant "à découvert", qui distribuaient des bibles et des livres dans les quartiers populaires de Casablanca, information épinglée par René Guitton dans "Ces chrétiens qu’on assassine" (1).
Faut-il voir dans l’expulsion de dimanche le début d’une campagne contre les chrétiens ? D’après plusieurs observateurs, le raidissement de Rabat serait plus global et n’aurait pas nécessairement comme première cible les chrétiens.
Il s’expliquerait par la proximité avec les élections locales du mois de juin et par la pression qu’exercerait, par potentielle progression électorale interposée, le Parti Justice et Développement, formation islamiste autorisée. En effet, ce ne sont pas tant les chrétiens qui seraient visés que les musulmans chiites, dont Rabat craint la contagion via l’Iran.
L’islam pratiqué au Maroc relève en très grande majorité du sunnisme et, plus particulièrement, d’une obédience modérée du sunnisme, le malékisme, une des quatre écoles juridico-théologiques de cet islam.
L’influence, supposée nuisible au Maroc, du radicalisme chiite avait été mise en exergue, en février 2008, à la faveur du démantèlement du réseau terroriste présumé du Belgo-Marocain, Abdelkader Belliraj. Une ramification avec le Hezbollah libanais pro-iranien avait été alors soupçonnée et le correspondant de la télévision al Manar, du mouvement chiite, avait été arrêté.
La question est maintenant de savoir si cette répression est, aujourd’hui, justifiée pour des raisons de sécurité ou de défense de l’islam sunnite, ou si elle est instrumentalisée à d’autres fins.
(1) Ed. Flammarion, 334 pp., 21 €.
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