Move With Africa

Entre les coups de truelle, l’arrosage des plantations, la baignade dans la mangrove, la découverte, en pirogue, de l’île aux oiseaux, les danses sous le manguier, les amours naissantes ou les adieux déchirants, quel souvenir choisir ?

La tête pleine d’images, le cœur lourd, l’envie, cependant, de rentrer au bercail et de retrouver un minimum de confort après quinze jours passés dans la communauté rurale de Toubacouta, au Sénégal, les jeunes élèves de l’Athénée royal Jean Absil d’Etterbeek, arpentent, sous les bougainvillées, les rues de l’île de Gorée avec ses façades jaunes, ocres ou rose pâle et ses galeries d’arts en plein air. Avec une pensée aussi pour les esclaves dont ils viennent de visiter la maison, une autre pour leur jumeau sénégalais, laissé là-bas, au village perdu de Ndoumboudj, dans la région de Fatick.

Ce soir, ils reprendront l’avion pour Bruxelles et écriront la dernière page de l’incroyable aventure qu’ils viennent de vivre, de partager surtout, puisque le partage est l’un des maîtres mots de l’association belge Asmaé qui travaille avec un correspondant sur place, l’AJE (Action jeunesse, environnement).

Les élèves de l'Athénée Jean Absil au Sénégal avec l'ONG Asmae.
© L.B

Sur le chantier

Chaque matin, les jeunes travaillaient donc au chantier sous des températures avoisinant les 35 degrés en vue de construire une ferme pédagogique en plusieurs étapes. La ferme, une pièce de onze mètres sur huit, existe déjà, ainsi que le potager biologique et le puits. Les jeunes réunis s’attaquaient, pour leur part, à la construction d’un des deux dortoirs prévus . Une tel projet, avec ses légumes, son élevage de poulets, sa permaculture et sa vocation pédagogique devrait changer la vie du village, lui donner plus d’autonomie, lui permettre de rayonner aux alentours et encourager la nouvelle génération à rester au pays.

Partage

Le but du voyage n’était cependant pas de prêter main forte au chantier mais de rencontrer l’autre communauté, de vivre vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble au point de partager la couche puisque chaque élève belge dormait sous la même moustiquaire que son binôme sénégalais. D’où l’intensité des liens qui se sont créés.

Bien sûr, il y eut des coups de mou. Comme lorsqu’il fallut attendre qu’il soit vingt-trois heures pour se rendre à un mariage du peuple sérère mais l’expérience, une réelle immersion dans la culture du pays, valait l’attente.

L’invitation improvisée se devant d’être honorée en tenue de circonstance, les jeunes filles sénégalaises, qui avaient plus d’une tenue dans leur sac, habillèrent leur nouvelle amie de pied en cap, en deux temps trois mouvements. Idem du côté des garçons. Au Sénégal non plus, la sape n’est pas un vain mot.

Explosion de joie

Inoubliables également, les débats sous le manguier où des sujets aussi délicats que la polygamie, l’homosexualité, les transgenres ou les menstruations furent abordés. Ou pas…

Ces moments d’échange se révélèrent d’une grande richesse, une réelle ouverture vers la culture de l’autre où l’on ne cherchait pas à imposer son point de vue mais à apprivoiser la diversité.

On n’oubliera pas non plus l’explosion de joie lorsque Arfan, le géant, remporta le combat de lutte auquel il participa contre toute attente. Ni les chants entonnés du matin au soir, dans le car, en pirogue, autour du feu pendant qu’imperturbables, d’aucuns s’essayaient à la belote… Ni surtout les millions d’étoiles qui brillèrent durant tout le séjour, dans les cieux comme dans les yeux de cette jeunesse pleine de promesses.