Move With Africa En passant une semaine dans une école pour malvoyants, les élèves de la Providence ont découvert une autre réalité du Rwanda. Beaucoup de courage, de la volonté et de l’espoir.

C’est incroyable. Les gens sourient tout le temps dans ce pays. Quand on connaît les conditions dans lesquelles ils vivent et le traumatisme du génocide, c’est incroyable." Cette joie de vivre que les jeunes Belges de l’Institut de la Providence ont constatée est encore plus frappante au sein de l’école pour malvoyants de Rwamagana, à l’est de Kigali, où ils ont passé une semaine avec l’ONG Lumière pour le Monde. "Ils sont vraiment touchants car ils vivent des choses pas faciles", nous confie un des élèves. "Quand l’un deux nous a remerciés pour notre amour, cela m’a tellement émue", ajoute une autre.

Dans cette école qui accueille 170 élèves, malvoyants et non-voyants, les jeunes belges ont pu partager leur quotidien et nouer des contacts privilégiés. Et également découvrir leur volonté d’apprendre. Les matières enseignées sont les matières traditionnelles - les élèves réussissent bien aux examens nationaux, nous assure-t-on - dans deux options : la littérature et les sciences humaines (histoire et géographie), avec les cours en anglais dès le milieu des primaires.

"Je veux être journaliste plus tard", déclare ce jeune Rwandais quand on lui demande les études qu’il a envie de faire. "De nombreux élèves sont tentés par le journalisme ou l’éducation", explique Placide Kaberuka Uwiriyimana, préfet des études. "Les maths et les sciences sont beaucoup plus difficiles à enseigner pour les non-voyants. Il faut dessiner, or nous n’avons pas de machine spécifique pour cela. Ils ne peuvent pas étudier certains chapitres, comme les vecteurs par exemple", poursuit le préfet qui souligne l’entraide entre les élèves. "Les malvoyants peuvent aider les non-voyants à comprendre certains concepts. Depuis trois ans, nous avons aussi décidé de faire des classes inclusives. C’est-à-dire que nous accueillons des enfants voyants mais avec un handicap physique. Comme les autres, ils peuvent aussi apprendre le braille."

© Solange Berger

L’apprentissage du braille a lieu dès le plus jeune âge. Les malvoyants bénéficient de lettres grand format. Durant toute leur scolarité si leur vue le leur permet. Pour les plus petits non-voyants, l’initiation au braille se fait sur des tablettes avec des clous. Chez les plus grands, c’est sur une machine que se poursuit la lecture braille. Une machine a à laquelle ont été initiés les élèves belges. Avec beaucoup d’application d’ailleurs, ils ont passé en revue les différentes lettres de l’alphabet avant de pouvoir chacun écrire son prénom et des petits messages de son choix. : "Je vous aime papa et maman" "Je t’aime", "Merci pour le cours de braille…". Tous ont découvert avec plaisir les subtilités mis aussi les difficultés de cette écriture nouvelle pour eux…

Au programme des échanges avec l’école également : un atelier de peinture. Une activité proposée à la demande du directeur le Père Jules Maurice. Une première pour la majorité des élèves, seuls certains ayant déjà fait un peu de peinture ou de dessin chez eux. Une activité pour le moins étonnante quand on connaît le handicap de ces enfants.

Parmi les malvoyants, certains se sont révélés particulièrement doués. Pour les non-voyants, la découverte s’est révélée plus difficile. En effet comment faire dessiner à un enfant quelque chose qu’il ne voit pas et qu’il n’a peut-être même jamais vu ? Certains jeunes belges ont décidé de les guider dans leurs dessins en trempant leur doigt dans la peinture et en les guidant pour effectuer le dessin. Avec Egide, non-voyant de naissance, ils ont opté pour une autre technique : le laisser dessiner ce qu’il connaît et qu’il a envie de représenter - comme une croix, la porte de la classe ou encore la rampe qui les guide le long des allées dans le jardin de l’établissement - ou lui faire sentir avec les doigts des objets du quotidien et qu’il tente de reproduire. Une belle découverte.