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Des chants, des danses. Les villageois rwandais ne semblent jamais fatigués. Même en plein travail - sans doute pour s’encourager - ils entament des chants traditionnels, parfois même composés par la communauté locale. Sur ce chantier de construction d’une maison en adobe dans la région de Huye (ancien Butare) au sud du pays, les élèves de l’Institut Saint-Quirin de Huy n’ont pas manqué de répondant. En entonnant : "Les Champs Elysées", "Frère Jacques" et même "Saint-Nicolas, patron des écoliers", et "Douce nuit, sainte nuit" ! Leur répertoire était large !

Et après avoir travaillé toute la matinée, même en plein soleil, les villageois trouvent encore l’énergie. Toujours pour chanter, danser. Accompagnés par les jeunes Belges les plus courageux… Et pour discourir aussi. Le discours est en effet un moment important pour la vie de la communauté. "C’est un événement inoubliable pour nous ce qui s’est passé aujourd’hui sur cette colline", a déclaré le chef du village en évoquant la participation des jeunes au chantier de l’Aprojumap, le partenaire local de l’ONG Entraide et Fraternité. "Grâce à vous, je ne suis plus seul", a remercié l’un des bénéficiaires. "Avant les gens cuisinaient et dormaient dans l’étable. Ce qui était mauvais à cause du charbon. Nous essayons qu’ils aient une maison et l’étable à côté", explique Eugène Niyigena, responsable de l’Aprojumap. Présentations, remerciements,… les professeurs de Saint-Qurin et les responsables belges d’Entraide et Fraternité n’ont pas dérogé à la tradition en insistant sur le courage des Rwandais, leur accueil et leur admiration pour l’image d’entraide qu’ils offraient.

En effet, dans ce pays, le travail en communauté est essentiel. Toutes les personnes bénéficiaires aident au projet. "Certaines personnes étaient isolées. L’idée est de regrouper ces personnes pour leur permettre d’être plus forts de retrouver de la dignité", note Eugène Niyigena. "L’action a un impact autant matériel que psychologique."


L’Aprojumap choisir ses bénéficiaires parmi les plus pauvres. "Certains nous disent : "ne me prenez pas. Choisissez plutôt celui-là : il est encore plus pauvre que moi"", raconte le responsable de l’ONG. Celle-ci donne aussi des formations, fournit les premières semences et du bétail pour aller vers plus d’autonomie. "A l’époque, je n’avais pas de vache, ni de chèvre ou de lapin", raconte Claudine, l’une des bénéficiaires, dont les élèves ont pu visiter la maison. "Aujourd’hui, je suis peine d’espoir pour ma famille", précise celle qui est présidente de la coopérative locale, propriétaire de terres où elle cultive du maïs et qui regroupe 21 familles.

"Cette solidarité, je ne pense pas qu’on verrait cela chez nous", constate cet élève, content de participer à ce chantier, "preuve qu’il y a moyen de construire sans polluer." Les jeunes ont aussi pu se rendre compte du travail physique que représentaient ces chantiers. "Quand nous sommes allés chercher du bois pour les linteaux, nous étions trois pour porter un tronc alors que le villageois était seul", note un autre élève.

Encore très motivés pour une nouvelle activité, les élèves de Saint-Quirin ont aussi demandé à travailler dans les rizières. "Le riz est une culture assez récente au Rwanda. Il a été apporté par les Chinois qui sont nombreux sur les chantiers de construction, de routes notamment", raconte Eugène Niyigena. "Aujourd’hui ce ne sont plus les Chinois qui cultivent le riz mais les Rwandais. C’est d’ailleurs l’un des produits à la base de notre alimentation."

C’est ainsi pliés en deux que les jeunes se sont attelés à cette nouvelle tâche, de la boue jusqu’aux genoux. Toujours en se motivant avec des chants.