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Namur
Auto portraits d’identité
Chantal Godard
Mis en ligne le 29/10/2009
Hélène Amouzou a 40 ans. Arrivée du Togo il y a 10 ans, elle a choisi le médium de la photographie pour exister. Sans papiers, en attente de régularisation, elle ne se sentait de nulle part, ni du Togo, ni de chez nous. "Entre le papier peint et le mur" constitue la 40e exposition de photographies du Théâtre Royal de Namur. Les autoportraits en noir et blanc alignés sur le mur du Foyer du TRN contrastent avec l’opulence dorée du lieu. Ils sont le reflet de l’inconscient d’une immigrée qui, pour exister, s’est glissée entre le papier peint et le mur de sa chambre qui lui sert d’improbable studio.
Sans identité, Hélène se confond avec les fleurs du papier peint déchiré. Son ombre hante le mur qui lui sert de page blanche. Avec sa valise à portée de main, elle est là, devant nous, en attente d’exister.
Nous l’avons rencontrée le soir de son vernissage : "Je suis arrivée en Belgique début 98. J’ai fait ma demande d’asile qui n’a pas abouti. Je n’avais aucune notion de photographie. Comme je conduisais ma fille à l’académie de Molenbeek, je me suis mise à fréquenter l’atelier photo. Là je deve nais quelqu’un. De la pellicule au papier. C’est devenu vital pour moi. Je recevais des propositions d’emploi qui n’aboutissaient pas. J’étais là sans pouvoir travailler. J’ai voulu montrer à mon enfant ce que je pouvais faire. Je ne suis pas restée les bras croisés".
"Je ne me supporte pas en photo. Je n’aime pas voir ma tête. J’ai photographié mes pieds, mes mains. Dès que je déclenche l’appareil, je me sens mieux. J’extériorise ce que je sens. La photo est devenue mon écriture, ma peinture , mon étalage. Je ne suis plus sous la contrainte de la loi. Ce qu’on m’interdisait, je l’ai regroupé dans ce travail que je pouvais faire".
"Je fais ces photos quand je ne suis pas bien en pensant qu’un jour une porte va s’ouvrir. Je fais ces photos pour ne pas avoir les idées tristes. Je ne suis de nulle part, ni de Belgique, ni du Togo. Je suis en quête d’identité. Je cherche où poser ma valise, ma tête. J’avais l’impression que c’était inscrit sur mon front que je n’avais pas de papiers".
"J’avais le désir de partager mon intérieur et il m’était difficile de montrer ces photos. J’avais l’impression qu’on me jugerait sur mon poids, sur mon ventre. Cela m’a rassurée sur moi. Me déshabiller n’est ni choquant ni malsain".
"La photo relève de la magie. Je n’existais pas. Elle est devenue pour moi une façon d’exister. On ne pourra jamais me l’enlever. S’enfermer chez soi n’est pas le meilleur remède. Il y a toujours une porte ouverte quelque part. Ce qui m’arrive, je le souhaite à tous".
Hélène Amouzou a reçu ses papiers la semaine passée. Elle a encore du mal à y croire. "Entre le papier peint et le mur" d’Hélène Amouzou est édité aux éditions Husson à l’occasion de la 40e expo du TRN organisée par Jean-Marc Bodson qui en a écrit la préface. Exposition dans le Foyer du Théâtre Royal de Namur jusqu’en avril 2010.
"Entre le mur et le papier peint" inaugure une série d’expositions sur le thème la migrance au théâtre de Namur. Martin Parr (agence Magnum) se posera en contrepoint du monde angoissé d’Hélène Amouzou en interrogeant le monde des riches tandis que Jean Revillard mettra en scène les cabanes dans la jungle ou dans la forêt de Calais en sorte de "sculptures composées dans une lumière théâtrale". Les photos décalées de la Polonaise Beata Sparagowska étudieront le quartier du Matonge à Bruxelles tandis que Guy Tillim déploiera ses photos de déplacements de populations au Congo sous le titre intriguant de "Léopold et Mobutu".
Théâtre de Namur : place du Théâtre, 2 à Namur. Informations : 081/25.61.61. ou info@theatredenamur.be ou www.theatredenamur.be.
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