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Habay | Énergie

Tourbillons et remous éoliens

Marc Vandermeir

Mis en ligne le 05/02/2010

La commune devrait signer sous peu un accord avec un producteur. Mais plusieurs citoyens réagissent pour un éolien participatif.

Nous sommes depuis deux ans contactés par plusieurs investisseurs et nous devons incessamment prendre une décision", affirme le bourgmestre d’Habay, Serge Bodeux. Cette décision est celle d’implanter des éoliennes le long de l’autoroute E411. Selon des informations, obtenues de sources concordantes, c’est avec la société ostendaise Electrawinds que la commune entend signer un accord dans les jours qui suivent. "Nous souhaitons surtout retirer les meilleurs intérêts pour Habay, par une location pour les terrains communaux, mais aussi et surtout par une participation de la commune, une participation possible pour les citoyens intéressés et, à discuter, une participation des communes limitrophes et/ou de l’ensemble de la province, voire également des citoyens des autres communes", ajoute Serge Bodeux.

Voilà donc de l’éolien "citoyen" puisque, a priori, non seulement la commune profitera des retombées financières du projet au profit d’autres actions, mais les citoyens pourraient eux aussi toucher des dividendes, ou même bénéficier de conséquentes réductions du prix de leur électricité consommée.

Pourtant, selon nos informations, des citoyens et une association au moins ne l’entendent pas de cette oreille. Pourquoi ? D’abord parce qu’aucune information préalable n’a été donnée aux habitants - c’est par le plus pur des hasards que l’information d’un accord imminent a percé - et parce qu’ils remettent en cause le projet en lui-même, ne l’estimant pas assez "citoyen".

C’est que ces personnes s’étonnent de l’empressement de la commune alors qu’est attendue, pour la première semaine de mars, une étude fouillée sur les meilleurs sites de la province et effectuée à la demande du Gapper. Le Gapper est un projet porté par la Province de Luxembourg (LLB du 6 juillet), qui a pour objet de permettre aux citoyens et aux communes de se réapproprier la plus-value du vent, en évitant anarchie et nuisances. Ceci entre autres par une étude préalable des meilleurs sites et par la participation des collectivités locales. "Communes et citoyens doivent se réapproprier la plus-value qui leur file entre les mains", avait alors remarqué la députée provinciale luxembourgeoise en charge du développement durable, Isabelle Poncelet.

Se réapproprier ? "Oui, car le développement actuel du secteur se fait d’une manière tout à fait déraisonnable. De gros industriels investissent dans des parcs ça et là, sans ouvrir la participation aux collectivités locales. Ce schéma va complètement à l’encontre de la réduction de la dépendance énergétique puisque ces collectivités ne sont aucunement propriétaires des éoliennes installées sur leur territoire. Ainsi, au lieu de bénéficier d’une maîtrise de l’outil énergétique et donc d’un prix de l’électricité qui ne soit soumis à aucune spéculation, les collectivités sont écartées des projets. Il est donc désormais nécessaire de reconsidérer la façon de développer le secteur en prônant la filière courte, qui est la moins coûteuse."

Le projet Gapper a reçu l’appui de l’écrasante majorité des communes de la province, qui ont signé une charte - non coercitive - en ce sens. Dont Habay. "Dont on se demande pourquoi elle fait maintenant cavalier seul sans attendre l’étude, alors même que le mot d’ordre était d’attendre l’étude", disent ces opposants au projet, dont nous avions déjà signalé (LLB du 18/08) qu’il pourrait tourner au pugilat.

Ces personnes estiment - à tort ou à raison et sur la base des informations disponibles - que le projet communal actuel est tout bénéfice avant tout pour la société privée, et pas pour la commune ni les citoyens. "Le seul bon projet est celui où le public a une participation majoritaire, tandis que les communes disposent d’un énorme pouvoir dans tout dossier puisque ce sont elles qui peuvent l’accepter ou le refuser, donner l’autorisation d’ouverture de voiries, etc.", ajoutent-ils. Précisons que nous n’avons pas pu obtenir de réponse de la commune sur la raison pour laquelle elle n’attend pas l’étude précitée. Et certains ajoutent que "des questions se posent quant à la propriété des terrains concernés par l’implantation envisagée".

Le résultat est qu’une solide bagarre pourrait se dessiner lors de l’enquête de commodo-incommodo. Reste que le projet a déjà été présenté lors d’une première réunion du conseil communal et que, selon le bourgmestre, "une deuxième réunion va avoir lieu en présence des investisseurs".

Toute la question est maintenant de voir si un dialogue constructif saura s’ouvrir.

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