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Namur
Paroles et images sur la prison
Chantal Godard
Mis en ligne le 07/04/2010
Depuis septembre 2009, l’AMO Passages (Aide en milieu ouvert) a développé un projet destiné à transformer auprès des jeunes l’image habituellement véhiculée sur la prison. "Sans vouloir les effrayer mais plutôt les amener à réfléchir sur le système carcéral, les notions de bien et de mal, de déviance, délinquance et développer une dynamique de création." Quelques écoles de Namur se sont investies pleinement telles que les 4 e , 5 e et 6 e secondaire de l’IATA, du Centre scolaire Asty Moulin, de l’école S te Marie de Jambes et de Ste Marie de Namur qui présentaient du 31/03 au 4/04 leurs créations et le résultat de leurs cogitations à la galerie du Beffroi.
Photographies et infographies émaillaient les murs de la galerie. Une cellule de prison en bois, plus belle que nature, a été reconstituée pour l’occasion. Des visites guidées par les élèves se sont déroulées durant toute la journée de jeudi ouverte aux écoles. Le documentaire "Car tu porteras mon nom", de Sébastien Verkindere, fut suivi d’un débat sur le problème du maintien du lien entre les parents en prison et leurs enfants. Des intervenants spécialisés et un ex-détenu ont échangé des propos dans le cadre d’une table ronde. Serge Thiry n’a pas caché avoir passé vingt-sept ans de sa vie en cellule : "On en ressort plus abîmé que le jour où on est entré. J’ai connu très tôt la délinquance. Je ne suis pas passé par l’adolescence. Je cherchais dehors ce que mes parents ne me donnaient pas. Je me sentais valorisé lorsque je commettais des vols. Au début, je volais les bouteilles de lait devant les portes puis j’ai cambriolé des maisons. A 18 ans, j’ai choisi d’aller à l’armée plutôt que dans une maison de redressement dure. Et j’y ai volé des armes avec lesquelles j’ai braqué des postes et des banques Les délits les plus graves, je les ai commis en prison, jusqu’au jour où quelqu’un a entendu le son de ma guitare. C’était la première fois que l’on s’intéressait à moi pour autre chose (que mes délits). Cela a servi de déclencheur."
C’est grâce à deux aumônières de prison que Serge dit s’en être sorti : "Les aumôniers font un boulot d’enfer, ils deviennent des confidents. La détention, cela démolit un homme. Laisser quelqu’un dans une cellule avec une télécommande à regarder la TV pendant 10 à 15 h/jour ! Les surveillants font ce qu’ils veulent. On m’a attaché dans des camisoles, donné de l’Aldol Cela fait six ans que je suis dehors et j’avais été déclaré irrécupérable."
Membre de la direction de l’IPPJ de Saint-Servais, Noël Argento a parlé du travail effectué "dans ce lieu hyperstructuré avec l’encadrement de 120 travailleurs. Nous faisons du travail d’accroche scolaire, nous offrons un encadrement lourd où les jeunes sont privés de liberté, doivent se déplacer en rangs. C’est la première fois qu’ils vont rencontrer quelqu’un qui leur dit non ! Certains disent que c’est le seul moment où ils ont eu une vie structurée. Parfois ils s’en sortent, grâce à une rencontre, un déclic. On donne une chance aux jeunes, c’est à eux de la saisir".
Les différents intervenants ont comparé les prisons selon leur grandeur, leur organisation technologique, en préférant les petites prisons, plus humaines. Thierry Verspecht, juge du tribunal d’application des peines, a parlé de "l’architecture des prisons comme celle d’Andenne qui ne favorise pas la proximité entre agents pénitentiaires et détenus. A Namur tous se connaissent. A Mons, il y a des moments très violents mais les agents sont plus que de simples agents, ils font une double journée, ils servent d’éponges et d’exutoires pour les détenus."
Un intervenant a parlé "de l’horreur de la prison en préventive où ils sont à trois dans une cellule avec le troisième qui dort par terre. Il y a des règles à géométrie variable selon les types de prison. Les détenus ne veulent pas aller dans les grosses prisons comme Andenne, Ittre ou Bruges. A Dinant, il y a une ambiance familiale, le directeur connaît tout le monde. Construire des prisons modernes est une erreur !"
M. Torrekens a témoigné de l’écoute confidentielle offerte par le service d’aide aux détenus de Dinant, "qui permet aux détenus de souffler et d’évacuer ce qu’ils ont à l’intérieur d’eux. C’est le seul endroit où ils peuvent s’exprimer librement".
Alain Herford, du Réseau Art Prison, a parlé "du besoin du détenu de trouver un projet de vie, de se considérer comme une personne humaine, de retrouver l’estime de soi. Le premier niveau de liens se détricote petit à petit au fur et à mesure que la peine se prolonge. Il importe que le détenu se remette en projet, retrouve un équilibre personnel, prenne conscience de ses compétences, en acquière de nouvelles "
AMO Passages (33, rue Denis-Georges Bayar à Namur. Infos : 081/22 47 80 - direction@amopassages.be.
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