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Province de Luxembourg

L’emploi transfrontalier saigne

Marc Vandermeir

Mis en ligne le 03/03/2009

Un gros milliers de travailleurs transfrontaliers belges ont déjà perdu leur emploi. Et le pire est peut-être à venir. Les conséquences de ces pertes d’emploi seront nombreuses.

Le Grand-Duché de Luxembourg est, on le sait, grand pourvoyeur d’emploi transfrontalier. Ils sont ainsi quelque cent cinquante mille travailleurs transfrontaliers belges, français et allemands qui, chaque jour, partent travailler au Luxembourg. Les dernières statistiques mettaient les belges en deuxième place, à trente-quatre mille personnes, juste derrière les français.

Nombre de nos compatriotes travaillent dans la place financière, et l’écrasante majorité d’entre eux habite dans le sud de la province de Luxembourg, qui a du coup connu un essor socio-économique aussi fulgurant que celui de la place financière voisine. Le Grand-Duché est d’autant plus sensible à la crise actuelle que, précisément, son économie repose surtout sur les institutions financières et les services induits.

L’heure est aux économies

Pour le reste, l’industrie repose sur quelques grands noms tels qu’Arcelor, Goodyear et Cargolux (seule compagnie aérienne européenne "tout cargo" et l’un des tout grands noms du fret aérien). C’est dire aussi que le Luxembourg est frappé de plein fouet par la crise.

L’heure est aux économies et restructurations du côté bancaire, Arcelor réduit la voilure, Cargolux, selon nos informations, connaît un recul sans précédent et une situation très difficile, et Goodyear vient de mettre à l’arrêt - jusque fin avril au moins - sa chaîne de production de pneus pour camions et tracteurs.

Quant à l’immobilier, qui était en totale surchauffe et vivait une incroyable flambée des prix, il subit bien évidemment l’impact de la spirale de la crise, avec des faillites et des projets arrêtés. Tout comme la logistique et le transport, autres points forts grand-ducaux.

Le mot "chômage", qui était pour ainsi dire inconnu au Luxembourg, devient maintenant le lot quotidien. Avec plus de 5 pc de chômeurs complets indemnisés et plus de 7 000 personnes en chômage technique ou partiel.

Précisons ici que les travailleurs transfrontaliers n’apparaissent pas dans les chiffres du chômage : lors d’un licenciement, ils doivent en effet s’adresser à la caisse d’allocation de chômage de leur pays d’origine. Quelles sont les conséquences de cette crise pour l’emploi transfrontalier ? Le fait que les travailleurs transfrontaliers n’émargent pas à l’Adem (l’administration luxembourgeoise de l’emploi) permet difficilement d’obtenir des chiffres précis par nationalité. "La statistique mensuelle de l’Adem fait état d’une perte de cinq mille emplois salariés entre décembre 2007 (340 471 unités) et décembre 2008 (335 469 unités)", indique Vincent Jacquet, secrétaire syndical au LCGB (d’obédience chrétienne). "Les frontaliers étaient, au 31 décembre, 147 692, soit 3 478 en moins qu’en décembre 2007".

Et de remarquer que, entre les novembre et décembre, il y a chaque année une diminution cyclique du volume de l’emploi (intérims non renouvelés, construction, etc).

Les statistiques à fin février seront donc plus fiables par rapport à la tendance. Mais aussi parce que des préavis remis lors des trois derniers mois 2008 seront arrivés à échéance. Tous les syndicats se rejoignent pour considérer que "les chiffres devraient alors être plus conséquents, tandis que d’importantes pertes d’emploi pourraient encore survenir dans les prochains mois".

On retient son souffle

Entre autres chez Dexia, dont le plan de restructuration prévoit une centaine d’emplois supprimés au Grand-Duché. Si certains documents (formulaire E301) sont obligatoires pour que Français et Allemands puissent émarger au chômage dans leur pays, ce n’est pas le cas pour les Belges.

Le seul moyen de comptabiliser le nombre de travailleurs transfrontaliers belges est de travailler par déduction par rapport au formulaire E301 remis à des travailleurs transfrontaliers français et allemands. On arrive alors à "au moins un gros millier d’emplois perdus par des Belges, qui viennent ainsi alourdir les statistiques du chômage en Belgique", estiment les syndicats. Où certains concluent sur un "De quoi sera fait l’avenir ?" très lourd de pessimisme.

Et, en Sud-Luxembourg belge, où l’on vivait sur un petit nuage, chacun retient son souffle. Car les conséquences de ces pertes d’emploi seront nombreuses, à commencer dans les services et l’immobilier. Et les recettes communales.

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