La personnalité Grâce au retournement de veste de ce riche homme d’affaires, l’ancien commandant Ramush Haradinaj devrait devenir Premier ministre du Kosovo.

Depuis les élections anticipées du 11 juin dernier, le Kosovo était dans l’impasse politique. Même avec le renfort des élus des minorités nationales, la Coalition des anciens commandants ne pouvait rassembler que 59 des 120 députés du Parlement. En face, Vetëvendosje (gauche) comme le Cartel des droites semblaient incapables de s’entendre, et le spectre de nouvelles élections approchait à grands pas. C’était sans compter le talent manœuvrier de Behgjet Pacolli, dirigeant de la petite Alliance pour un nouveau Kosovo (AKR), qui a annoncé lundi que ses quatre députés se retiraient du Cartel des droites, pour se rallier à la Coalition : de la sorte, l’ancien commandant Ramush Haradinaj devrait devenir Premier ministre, tandis que Kadri Veseli, l’ancien chef des services de l’ombre de la guérilla de l’UCK, devrait accéder à la présidence du Parlement.

Homme d’affaires expérimenté, Behgjet Pacolli a su négocier au prix fort ce ralliement inattendu : on parle de six ou sept portefeuilles ministériels, dont celui des Affaires étrangères, qui revient au chef de l’AKR.

Né en 1951 à Pristina, citoyen suisse depuis 1992, Behgjet Pacolli observe les intrigues de la vie politique kosovare depuis sa somptueuse villa de la banlieue de Pristina ou les terrasses de son hôtel Swiss Diamond, premier palace de standing international de la capitale du Kosovo. Pacolli est en effet un magnat de l’immobilier, connu pour avoir rénové le Kremlin sous la présidence de Boris Eltsine. Son entreprise, Mabetex, basée au Kazakhstan, a joué un rôle majeur dans la construction d’Astana, la nouvelle capitale du pays, sortie du désert par la volonté du président Nazarbaiev.

Behgjet Pacolli rêve pourtant de jouer un rôle politique dans son pays de naissance. En 2011, il était brièvement devenu président de la République, avec le soutien du Parti démocratique du Kosovo (PDK), avant de jeter l’éponge au bout de quelques mois. Etrangement, s’il prétend vouloir forger un "nouveau Kosovo", Behgjet Pacolli a toujours préféré les joies des combines politiciennes aux investissements économiques dont le pays aurait pourtant bien besoin.