La personnalité

S’attendait-il à ce qu’il allait vivre pendant ces six semaines d’immersion dans une usine chinoise d’Apple située près de Shanghai ? Dejian Zeng est un étudiant américain de l’université de New York. L’été dernier, il s’est lancé dans un projet d’étude audacieux : enquêter sur les conditions de travail des ouvriers d’usine des sous-traitants de multinationales. Il s’est infiltré anonymement dans l’usine Pegatron, pouvant accueillir jusqu’à 100.000 ouvriers. Il y a passé ses vacances à fixer des haut-parleurs sur des boîtiers d’iPhone 6s (puis 7). Encore et encore…

Il a travaillé six semaines durant, à un rythme éreintant, douze heures d’affilée, le plus souvent la nuit. Et gare au bavardage ou aux envies pressantes lors de l’assemblage, cela irrite le manager. Durant la pause de midi longue de 50 minutes, libre à l’ouvrier de se laisser aller à une sieste réparatrice, à condition de rester assis. S’il vient à être surpris à l’horizontale, le manager en est immédiatement informé et des ponctions sur salaire peuvent lui être imposées.

Dejian se souvient particulièrement des tests de production de l’iPhone 7 : "Pendant une journée, vous ne produisez que cinq smartphones et vous passez donc près de 12 heures à ne rien faire. C’est une véritable torture." Le travailleur est donc prié d’attendre, stoïque, en silence, que le prochain iPhone à assembler lui soit présenté. Son travail terminé, le jeune homme regagnait son dortoir, qu’il partageait avec sept autres personnes. Le prix du loyer, tout comme celui de la nourriture était prélevé de son salaire. Il n’oubliera pas l’épreuve de la douche : "Si vous êtes chanceux, vous avez de l’eau chaude. Parfois, il n’y a pas d’eau du tout."

Après un mois de travail, l’étudiant a touché 3100 yuans, soit 425 euros. Pas même de quoi s’acheter un iPhone.

A son retour, Dejian Zeng s’est exprimé sur la promesse de Donald Trump de rapatrier les usines chinoises d’Apple et autres multinationales aux USA : impossible selon lui qu’un Américain accepte un salaire de misère pour travailler autant, et dans des conditions aussi déplorables.

Après ses études, l’étudiant espère intégrer une ONG spécialisée dans les droits de l’homme.