La personnalité A 48 ans, celui qui a longtemps été considéré comme un "beauf" est aux portes du pouvoir.

Le parti d’extrême droite (FPÖ) a recueilli 26 % des voix à l’issue des élections législatives de ce week-end. Un score inédit, qui pourrait permettre à son leader de devenir vice-chancelier au sein d’une coalition avec les conservateurs. Alors qu’il s’avançait vers le bureau de vote dimanche, un homme l’a salué d’un "Heil Hitler". Le trublion a été maîtrisé par la police, mais l’incident en dit long sur la personnalité sulfureuse de Heinz-Christian Strache, député et chef de file de l’extrême droite autrichienne, l’une des plus radicales d’Europe. Le Parti de la Liberté (FPÖ) qu’il dirige depuis douze ans vient de réaliser un résultat historique. C’est l’heure de gloire pour Heinz-Christian Strache, un prothésiste dentaire de formation de 48 ans, longtemps considéré comme un ‘beauf’, avec son accent populaire, son goût prononcé pour les boîtes de nuit et les clips de rap qu’il enregistrait. Il y a encore trois ans, ce beau brun aux yeux bleus faisait peur à un grand nombre d’électeurs, avec ses violents discours antimusulmans, ses féroces diatribes anti-européennes et son entourage plus que douteux. Mais aujourd’hui, miracle de la communication oblige, "il apparaît mûri, charmant, responsable et présente ses propositions les plus dures en douceur, voire avec humour", dixit le quotidien conservateur "Die Presse". Il ne plaide plus pour une sortie de l’Autriche de l’Europe, lui qui avait pourtant félicité les Britanniques pour leur "souveraineté retrouvée" au lendemain du Brexit. Père de deux enfants, remarié l’an dernier à une mannequin de vingt ans sa cadette, il a tout fait pour soigner son image d’homme d’Etat, allant jusqu’à troquer ses jeans contre un costume et écarter les caciques du parti les plus encombrants. Il s’autorise tout de même encore des allusions au risque d’"invasion de masse" et de "guerre civile" engendré par la présence d’immigrés. On ne se refait pas. Celui qui avait réussi à évincer son mentor Jörg Haider du FPÖ en 2005 est désormais incontournable. Arbitre des négociations, il exige pour son parti le ministère de l’Intérieur et des Affaires étrangères et brigue le poste de vice-chancelier. Et ce n’est pas le "Heil Hitler" lâché par un marginal qui l’empêchera de gouverner.