La personnalité A la manœuvre du "projet Macron", rendu public jeudi, l’économiste Jean Pisani-Ferry lui apporte une caution intellectuelle de poids.

L’architecte discret du programme d’Emmanuel Macron, Jean Pisani-Ferry, peut se prévaloir d’une carrière bien remplie et d’un certain lignage familial et intellectuel. Arrière-petit-neveu de Jules Ferry, mais aussi fils d’Edgar Pisani qui fut ministre sous de Gaulle et Mitterrand, l’économiste de 65 ans, reconnu par ses pairs du Cercle des économistes, a lui aussi apporté sa contribution à l’Etat. Réputé comme un bourreau de travail, l’ancien expert économique de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls, qui a démissionné le 11 janvier dernier de son poste de commissaire général de France Stratégie, le think tank de Matignon, pour rejoindre l’équipe d’En marche, ne réalise pas là son premier engagement dans une campagne électorale. Il fut l’un des artisans de la candidature de Dominique Strauss-Kahn à la présidentielle en 2011 et a contribué aux programmes de Lionel Jospin en 2002 et de François Hollande en 2012. 

Son influence, toujours en coulisse, peut également se mesurer à l’aune du "schéma d’union bancaire" qui a été adopté par les chefs d’Etat de l’Union européenne en juin 2012, et qui est né des réflexions du think tank bruxellois Bruegel, dont il était le directeur entre 2005 et 2013. S’il a aujourd’hui accouché, en deux mois, de l’ensemble du projet d’Emmanuel Macron, son adhésion au mouvement En marche n’allait pas de soi. L’intellectuel "de gauche" a décliné pendant un temps les appels de pied d’un mouvement qui ne lui inspirait que scepticisme, et qu’il assimilait à une trop forte dose de "technocratie". Mais ça, c’était avant. 

Avant l’onde de choc du Brexit, de l’élection de Donald Trump et de la percée de Marine Le Pen. Autant d’événements que M. Ferry vit comme une rupture qui l’oblige à l’engagement politique. "La France, l’Europe, sont à la merci d’un nouvel âge des extrêmes. Je ne veux pas, demain, regretter de m’être borné à jouer les observateurs", s’explique-t-il auprès des "Echos". Rien d’étonnant toutefois à ce que l’économiste se soit tourné vers celui à qui il fournissait, à Bercy, des notes sur les enjeux économiques et sociaux du pays, et avec qui il partage désormais l’idéal de dépassement des clivages politiques. Jean Pisani-Ferry est acquis à la "révolution".