La personnalité Jürgen Resch est parfois dépeint en "faux Robin des bois", "sans scrupule et machiavélique".

Avec sa bataille pour bannir le diesel des centres-villes allemands, Jürgen Resch, chef de l’association Deutsche Umwelthilfe (DUH), a réussi une prouesse : liguer contre lui les puissants constructeurs automobiles et la quasi-totalité de la classe politique. "Missionnaire" pour les uns, "casse-pieds" pour les autres, le militant de 57 ans à l’allure sage est aussi présent dans les médias que dans les prétoires, où il a porté son combat contre la pollution de l’air.

La décision de la Cour administrative fédérale d’autoriser les communes à envisager l’interdiction des vieux moteurs diesel en centre-ville (lire "La Libre" du mercredi 28 février) "est une affaire qui pourrait changer le pays, sa mobilité et son industrie", selon la presse allemande. Jürgen Resch, lui, assure ne pas être "un ennemi du diesel, mais un ami de l’air pur", tout en fustigeant "l’énergie criminelle" des fleurons de l’automobile et la complaisance de politiques "téléguidés".

Jürgen Resch est un activiste-né, happé par le militantisme écologique dès l’adolescence, au point de n’avoir jamais fini ses études d’administration. Il est à la tête de la DUH depuis 30 ans. Il se raconte volontiers en amoureux de la faune. Son premier combat, début des années 1980, a d’ailleurs consisté à faire interdire l’Endrin, un puissant insecticide employé contre les campagnols et qui tuait au passage de nombreux oiseaux. A son tableau de chasse figurent aussi, dans les années 2000, l’imposition du filtre à particules et celle de la consigne obligatoire des emballages de boissons, devenue emblématique de l’Allemagne.

Ses détracteurs critiquent son indifférence aux conséquences d’une mise au ban du diesel, pour les automobilistes comme pour les 800 000 emplois de l’industrie automobile locale.

Et Jürgen Resch, parfois dépeint en "faux Robin des bois", "sans scrupule et machiavélique", est aussi attaqué sur un autre front : le financement singulier de son association. Avec ses 80 permanents et ses 8 millions d’euros annuels de budget, la DUH tire un tiers de ses revenus d’une multitude de procédures liées à la "protection du consommateur". Et l’association bénéficie aussi de dons d’entreprises, qui nourrissent les soupçons de combat téléguidé par des intérêts privés : le Japonais Toyota, grand rival de Volkswagen, lui verse ainsi des dizaines de milliers d’euros annuels depuis 20 ans.