La personnalité Karolina Farska a pris la tête d’une manifestation de près de 10 000 personnes contre la corruption.

"Je n’ai rien à perdre" , s’enthousiasme la jeune fille, haute comme trois pommes, dans un anglais parfait. Karolina Farska, 18 ans, s’est lancée dans une croisade anticorruption. Encore lycéenne à Dubnica nad Váhom, à 140 km de Bratislava, c’est elle qui a organisé, avec un copain d’école, David Straka, la grande marche contre la corruption le mois dernier : 5 000 manifestants selon les médias, 10 000 selon les organisateurs. Rarement, depuis la Révolution de velours, les Slovaques étaient descendus si nombreux dans la rue. Le mot d’ordre est sans appel : le Premier ministre Robert Fico, le ministre de l’Intérieur Robert Kalinák, le chef de la police et celui de la cellule anticorruption du parquet doivent démissionner. "Nous devons leur montrer que nous ne sommes pas d’accord avec leurs méthodes. L’éducation, les infrastructures, la santé fonctionnent mal en Slovaquie. Pourquoi ? Car la corruption est partout, jusqu’au sommet" , assure Karolina, aînée d’une fratrie de six enfants, d’une petite voix dénuée de crainte.

Elle raconte avoir créé un événement sur Facebook en février. "Au début, il y avait 200 participants. On était déjà tellement contents !" Mais, en quelques semaines, les scandales impliquant des membres du gouvernement se sont multipliés, et ce qui n’était qu’un projet d’ado s’est soudain transformé en cause nationale. "Si rien ne change, j’irai étudier à l’étranger" , assure Karolina. En attendant, elle et son acolyte ont prévu d’autres manifestations en juin, dans plusieurs villes du pays. Il y a urgence : la Slovaquie est considérée comme un des pays d’Europe les plus corrompus.