La personnalité Liu Xiaobo fut couronné par le prix Nobel au nom de "son combat, durable et non violent, en faveur des droits de l’homme en Chine".

Liu Xiaobo aura 62 ans, le 28 décembre prochain. Ou il ne les aura pas. Le dissident chinois a été libéré de prison, a annoncé lundi son avocat, parce qu’il souffre d’un cancer du foie en phase terminale. Il y croupissait depuis le 23 juin 2009 pour avoir participé, l’année précédente, avec quelque 300 intellectuels, à la rédaction de la Charte 08 qui, sur le modèle de la Charte 77 des opposants tchécoslovaques à la dictature communiste, jetait les bases d’une Chine démocratique. Il avait été condamné, le jour de la Noël 2009 (grossier pied de nez à cet Occident que Liu admirait), à onze ans de détention.

Pour l’écrivain et critique littéraire, ce n’était qu’un troisième retour par la case prison, où il avait déjà séjourné de juin 1989 à janvier 1991 pour son rôle dans la révolte estudiantine de la place Tian’anmen, puis de mai 1995 à janvier 1996 et d’octobre 1996 à octobre 1999 pour avoir milité en faveur de la démocratie et des droits de l’homme.

La privation de liberté, Liu en avait fait l’expérience bien plus tôt. Né en 1955 à Changchun, dans le nord-est de la Chine, il avait dû suivre son père, relégué dans un village de Mongolie-Intérieure durant la Révolution culturelle. En 1974, il avait été à son tour envoyé en "rééducation auprès des paysans" dans la province de Jilin, comme des dizaines de millions de jeunes citadins chinois.

Aussi est-ce sans grande surprise que, devenu professeur de littérature à l’Université normale de Pékin, Liu Xiaobo a développé, dans des essais bientôt interdits en Chine et publiés à l’étranger, une critique sans concession du régime communiste. Devenu la bête noire du parti pour avoir tenu des propos parfois extrêmes (il était ainsi d’avis que seul le colonialisme pouvait moderniser la Chine, à la façon dont les Anglais avaient modernisé Hong Kong), Liu aurait pu - dû - choisir l’exil, en profitant d’invitations à enseigner aux Etats-Unis, en Australie ou en Europe. Il choisit à chaque fois de retourner en Chine, à ses risques et périls.

Ce combat fut couronné par l’octroi, en 2010, d’un prix Nobel de la paix que, emprisonné, il lui fut impossible de recevoir à Oslo.