La personnalité L’ex-procureure générale du Venezuela Luisa Ortega, en fuite à Brasilia, a affirmé détenir "beaucoup de preuves" de la corruption du président socialiste vénézuélien Nicolas Maduro, et dit craindre pour sa vie.

Limogée sèchement début de ce mois d’août par la toute nouvelle Constituante, la procureure générale du Venezuela Luisa Ortega, qui a finalement trouvé asile au Brésil, est devenue ces derniers mois une opposante farouche de Nicolas Maduro. Réputée disciplinée et ferme, la dame a commencé à perdre la foi dans le gouvernement socialiste en 2016, en voyant les nombreuses arrestations d’opposants.

Cette "chaviste" de la première heure est vraiment sortie du bois la première fois le 31 mars. Ce jour-là, elle a osé dénoncer publiquement une "rupture de l’ordre constitutionnel" après la décision de la Cour suprême de s’arroger les pouvoirs du Parlement, seule institution contrôlée par l’opposition. Elle n’a pas hésité non plus à critiquer directement le chef de l’Etat pour son projet de réforme de la Constitution à travers l’élection le 30 juillet d’une Constituante dotée de pouvoirs illimités et dominée par ses partisans. Pour les tenants de la ligne du président Maduro, trop, c’est trop. L’élégante avocate de 59 ans originaire de l’Etat d’Aragua (nord), sans enfants, devient dès lors l’ennemie numéro 1, "une traîtresse" qui recevra des menaces de mort avant de choisir la route de l’exil, d’abord en Colombie avant de déposer ses bagages à Brasilia.

Avant ces déboires, Luisa Ortega pouvait se targuer d’une carrière linéaire, pleinement ancrée à gauche. On l’a découverte en 1988 aux côtés d’Hugo Chavez dans sa campagne présidentielle. Ensuite, elle a gravi les échelons jusqu’à être élue puis réélue procureure générale par le Parlement, alors contrôlé par les chavistes. Au-delà de ses convictions chavistes, Luisa Ortega est "une personne avec beaucoup de trempe, courageuse et honnête", qui "affronterait n’importe quel (obstacle) pour défendre ses valeurs", selon son mari German Ferrer, lui-même député chaviste. Une détermination que les pro-Maduro ont interprétée très différemment. Pedro Carreño, député socialiste, avait exigé sa démission et le gel de ses biens pour "démence". Nicolas Maduro, lui-même, l’a considérée comme une potentielle "leader de l’opposition" qui pourrait avoir "l’intention d’être candidate à la présidentielle".