La personnalité

Dans le décorum un peu tristounet de la salle de presse du Saint-Siège, là où se retrouvent les "vaticanistes", existent des monuments : de vieux baroudeurs de la papauté qui en connaissent les moindres intrigues. Sandro Magister, journaliste de 72 ans, en fait partie. Italien, il connaît tous les bons informateurs, et se distingue surtout d’un grand talent : celui de pouvoir déceler ce qui se cache derrière les silences de Rome. De par ses connaissances liturgiques et théologiques, de par son expérience et de par ses contacts, sans doute est-il aujourd’hui le vaticaniste le plus reconnu. Si les très longs articles qu’il lance sur son blog, d’ailleurs traduit en français (http://chiesa.espresso.repubblica.it/?fr=y), sont difficilement lisibles, ils ont pourtant l’audace de souvent créer l’actualité.

Depuis le début du pontificat de François cependant, l’aura de Sandro Magister est remise en question. L’homme a en effet ses idées et des opinions (très) arrêtées qu’il conjugue rarement avec une nécessaire bienveillance. Devenu la coqueluche de groupes proches de la tradition catholique, ou de catholiques ultralibéraux américains, il est désormais considéré comme un "ratzingérien" pur jus, ou plutôt un "Bergogliophobe" diront certains.

Est-ce du coup pour ponctuer une fin de carrière qu’il a souhaité "brûler" la communication vaticane ? Quoi qu’il en soit, en publiant lundi une version non définitive de l’encyclique "Laudato si" de François encore sous embargo, il s’est attiré la fureur du Saint-Siège, qui a décidé, à la surprise générale, de lui ôter l’accès à la salle de presse. Qu’importe, doit-il se dire, ses informateurs lui resteront fidèles.