Planète

C'est une tradition pour la DUC, une librairie de Louvain-la-Neuve qui vend aux étudiants de l'UCL leurs supports de cours, du livre théorique au syllabus écrit par leur professeur. Régulièrement, le magasin organise des rencontres informelles entre les auteurs scientifiques et leur public. Les domaines de discussions vont de la géopolitique aux questions de société, en passant par l'environnement... Et, dans le cas présent, c'est bien ce dernier sujet qui fâche.

Ainsi, une rencontre était prévue le 13 février avec István Markó, professeur (climato-sceptique) de chimie à l'UCL et co-auteur de "Climat: 15 vérités qui dérangent" (Texquiss Essais). Une semaine avant le jour J, la DUC publie sur sa page Facebook ce très laconique : "Il apparaît que pour cet événement, l’ampleur de la polémique nous empêche de l’organiser sereinement, ne fût-ce que sur le plan matériel."

"Comme si vous invitiez Dieudonné"

Mais, à bien y vérifier, le nombre de chaises disponibles ou la qualité du "drink" final semblent assez peu en cause. En coulisses, on évoque des pressions d'autres professeurs de l'alma mater. Ceux-ci, mécontents des théories mettant en doute le réchauffement climatique avancées par leur collègue, ont fortement encouragé la DUC à annuler la soirée. Alors, l'université, qui préfère mettre en avant sa "marque" Jean-Pascal van Ypersele, climatologue couronné avec Al Gore et le GIEC du prix Nobel de la paix en 2007, aurait-elle une brebis galeuse en son sein?

"Pas un instant on a imaginé une levée de boucliers", s'étonne Geoffrey Wolters, directeur de la DUC contacté par LaLibre.be. "Les attaques allaient dans un sens très dogmatique, sur le mode 'Comment peut-on donner la parole à quelqu'un qui profère des thèses pareilles?'. On nous a même dit 'C'est comme si vous invitiez Dieudonné'!" Un peu dépassé par les événements, le staff de la librairie laisse tomber. "On a mis les pieds dans quelque chose pour quoi on n'était pas taillés", déplore M. Wolters.

Quant au principal intéressé, il regrette cette "loi du silence climatique" qu'on lui impose. Si István Markó dit ignorer qui se cache derrière l'annulation, il précise quand même à LaLibre.be que "d'un point de vue scientifique, cette absence de débat est grave." Et d'ajouter qu'"avoir fait pression sur la DUC, c'est honteux! Je suis étonné, pour ne pas dire plus, qu'on en arrive à interdire un débat sur un sujet scientifique où le politique a pris le dessus."

Du côté de l'université, le recteur Bruno Delvaux rappelle qu'"on ne fait pas de pression sur les académiques". En vertu de la sacro-sainte liberté académique, la vénérable institution n'a pas à empêcher ce "brillant professeur de chimie" de parler. "Cette liberté académique est une valeur essentielle reconnue par la Cour constitutionnelle de Belgique et par la charte européenne des Droits de l'Homme", poursuit Bruno Delvaux. Mais cela ne dispense pas d'un autre élément essentiel: l'évaluation des résultats par les pairs. "A ma connaissance, les hypothèses sur le climat de M. Markó ne font pas l'objet d'une telle évaluation. C'est un débat scientifique dans lequel les autorités académiques n'ont pas à intervenir."

"Méthodes moyen-âgeuses"

M. Markó enseigne depuis plusieurs années la chimie à de larges auditoires d'étudiants en première année de bac. Là, cela ne semble pas poser de problème... ou presque. "Je ne parle pas de mes théories pendants mes cours", nous explique-t-il. "Sauf quand j'aborde la chimie organique et que j'évoque le dioxyde de carbone qui est la source de toute vie sur Terre." En 2012 pourtant, une pétition de professeurs avait attiré l'attention des autorités académiques sur des propos de M. Markó "dénigrant [leur] travail dans les médias et devant des assemblées officielles."

Dans ce contexte, c'est tout juste si le professeur honni ne se considère pas lui-même comme un nouveau Galilée. Ah, ce satané Soleil qui tourne on ne sait plus trop dans quel sens et réchauffe (ou pas) à tout-va! Celui qui voit dans le silence qu'on lui impose "des méthodes moyen-âgeuses" maintient, un sourire dans la voix: "Ça fait 17 ans et demi que la température globale de la Terre n'a pas bougé. Pour mes détracteurs, c'est une gifle..." Une affirmation pourtant contredite formellement par la NASA et par la plupart des experts en climat. L'agence spatiale américaine publiait récemment une carte animée au constat sans appel: depuis les années quatre-vingt, la température de la planète bleue ne cesse d'augmenter avec les conséquences dommageables que l'on sait (plus d'informations en cliquant ici).