Planète

Quand on franchit le Tizi’n Tichka [col du Haut Atlas], on se demande si l’on est encore au Maroc. D’un côté de l’Atlas, il y a le TGV et le lancement d’un satellite, de l’autre nous n’avons même pas d’eau potable", ironise Soufiane, propriétaire d’un petit riad à Zagora. Il n’accepte de témoigner qu’à condition de taire son nom car les autorités sont sur le qui-vive depuis "les manifestations de la soif" fin octobre 2017. Une quinzaine de personnes ont même été condamnées à un à trois mois de prison. Une première pour cette petite ville touristique tranquille du sud du Maroc située le long du fleuve Draa aux portes du désert.

Chaque matin, depuis plusieurs années, Zagora se réveille au son des klaxons : les vendeurs d’eau potable alertent les habitants de leur arrivée. "Ici l’eau courante est salée et un peu sale, alors ma famille achète quatre bidons d’eau potable trois fois par semaine", explique Khadija, étudiante. Avec un tuyau relié au réservoir en plastique installé à l’arrière de son pick-up, Hissam remplit les bidons que lui amènent les habitants. "Je vais chaque jour à Douar Laabid où l’eau des puits est pure. J’achète une tonne d’eau pour vingt dirhams à leurs propriétaires et je reviens à Zagora pour la revendre à un dirham les cinq litres", explique le vendeur. Toute la ville achète ainsi son eau potable.