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biodiversité

Les abeilles vivent heureuses en ville

Grégoire Comhaire

Mis en ligne le 14/01/2010

Les apiculteurs français introduisent des ruchers dans les collectivités locales dans un but pédagogique. L’opération rencontre un franc succès.

Elles fabriquent le miel, butinent les fleurs et fascinent les enfants, même si on leur apprend à s’en méfier. Elles sont vieilles de 60 millions d’années et permettent, grâce à leur rôle pollinisateur, la sauvegarde de quelques 20 000 plantes menacées en Europe. Elles, ce sont les abeilles. Ces millions de petites bestioles aux rayures de Dalton, qui piquent si on les agace, et dont l’existence, bien antérieure à celle de l’être humain sur Terre, est aujourd’hui menacée, en grande partie par l’action de ce dernier sur son éco-système.

Usage de pesticides, mono-culture, les experts estiment aujourd’hui que ce sont les changements majeurs intervenus ces dernières années dans l’agriculture qui auraient eu le plus de répercussions négatives sur le nombre d’abeilles présentes sous nos lattitudes. Et quand on sait que les abeilles permettent la pollinisation de près de 80 % des végétaux, on comprend à quel point leur disparition pourrait avoir des conséquences gravissimes sur l’ensemble de la biodiversité. Ces derniers mois, "La Libre" a ainsi à plusieurs reprises consacré des articles à ce sujet.

C’est pour s’efforcer de freiner ce processus que chez nos voisins français, les apiculteurs ont décidé de mettre sur pied une vaste opération destinée à familiariser le grand public avec les abeilles. Une opération, baptisée "Abeilles sentinelles de l’environnement", qui consiste en un partenariat noué entre l’union des apiculteurs et une entreprise ou une collectivité territoriale pour installer un rucher sur leur terrain ou leurs espaces verts. Un apiculteur référent est alors désigné et s’occupe du rucher dont la présence tout au long de l’année permet de développer de multiples activités au niveau local et à destination de tous les publics.

L’idée a déjà séduit de nombreux partenaires qui sont aujourd’hui au nombre de 35 aux quatre coins de la France. Parmi eux, on compte plusieurs grandes villes (Lille, Nantes, Strasbourg...) et des grandes entreprises comme L’Oréal, les magasins Botanic et même le château de Versailles ! "Le succès du programme témoigne d’un attachement affectif très présent dans la population avec l’abeille", explique Anne Henriot de l’Union nationale des apiculteurs français (Unaf). "Et les consommateurs ont compris depuis longtemps le lien évident qu’il y a entre leur santé et l’environnement."

La présence de ruches au cœur des villes revêt un intérêt pédagogique important, notamment auprès du jeune public, et permet également aux collectivités locales de s’engager plus largement dans une démarche de protection de l’environnement. "De nombreux partenaires du programme ont ainsi sensiblement, voire totalement, cessé l’utilisation de pesticides dans leurs espaces verts", poursuit Anne Henriot. "Et paradoxalement, on remarque que les abeilles se portent aujourd’hui bien mieux au coeur de Paris que dans les campagnes", ajoute Henri Clément, président de l’Unaf.

L’usage des pesticides neurotoxiques est au coeur du combat des apiculteurs français, qui réclament leur bannissement et demandent un retour à une agriculture raisonnée. Un combat qui, de l’aveu de l’Unaf, fait toutefois figure de David contre Goliath vu l’importance des intérêts financiers en présence. Et si les apiculteurs français se réjouissent de la prise de conscience croissante de ces enjeux dans la population, ils regrettent vivement le "retard" et le "double discours" affiché par les pouvoirs publics dans ce domaine.

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