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entretien
Les paysans, salut de l’humanité?
Myriam Leroy
Mis en ligne le 21/01/2010
Pourquoi, selon vous, la paysannerie ne doit-elle pas disparaître ?
Parce qu’une partie des problèmes que rencontre le monde actuel, qu’ils soient environnementaux, sanitaires, alimentaires [ ] passe par la question des paysans, trop longtemps négligée.
Dans l’imaginaire collectif, le mot “paysan” est souvent synonyme de “miséreux”. Or, vous écrivez que son extinction ne peut qu’accroître la misère mondiale…
Oui, car il est détenteur d’une grande richesse de connaissance, dans le maintien de la biodiversité ou dans la reconstruction de l’environnement, par exemple. En économie, on dit souvent qu’un pays développé est un pays avec peu de paysans. Moi, je crois le contraire.
Ainsi, vous avancez que c’est le système agricole qui avait cours lors de la Seconde Guerre mondiale qui aurait permis la survie de la population française, dont un tiers vivait de l’agriculture. Et qu’aujourd’hui, si un conflit de la même ampleur devait survenir, il serait dès lors bien plus meurtrier…
Contrairement à ce qu’on nous dit, le système agro-industriel n’est pas à même de nourrir l’humanité. Il ne nous garantit pas contre les pénuries et ne nous donne pas une alimentation de qualité. Et il y a des destructions importantes (des sols, de la santé, et même culturelles, puisque les populations du Sud sont amenées à manger la même chose que nous) qui se mesureront sur le long terme.
Vous écrivez que la recherche agronomique s’est totalement séparée de la réalité sociale et économique de la paysannerie. Qu’entendez-vous par là ?
Les modes de financement influent sur les priorités données à la recherche. Celle-ci répond donc aux besoins de l’agroalimentaire plutôt qu’à ceux des paysans. Elle n’est par exemple pas menée sur les produits du Sud. Il y a toujours cette idée que les paysans sont des gens qui n’ont pas de savoir et à qui l’on doit tout apprendre. La recherche agronomique suit une logique de laboratoire qui ne peut s’adapter sur le terrain aux propriétés locales. Des propriétés que seuls les paysans connaissent.
Vous examinez la problématique des OGM sous l’angle de la dépendance entre les paysans et l’industrie semencière et chimique…
Au-delà de leur incidence sur l’environnement et du fait qu’on ne les maîtrise pas du tout, les OGM signifient la fin de l’autonomie paysanne par rapport aux semences. Ça me paraît représenter un risque majeur. Si trois, quatre firmes se partagent le marché, ce sont elles qui vont décider de ce qu’on mange, qui vont décider de tout.
Le bio non plus, d’après vous, ne serait pas la panacée…
Effectivement, parce qu’on assiste à son industrialisation. Il connaît donc les dérives du modèle dominant.
Le progrès industriel serait devenu synonyme de recul agricole, lui-même synonyme de recul économique et social tout court, ce qui est pour le moins paradoxal.
Absolument. Le système augmente la production de manière spectaculaire, mais force est de constater qu’il ne nourrit pas les gens et ne leur offre pas d’emploi.
Que faire, alors ?
On a la chance d’assister à un mouvement dans lequel les paysans se réapproprient leur propre identité. Via Campesina est ainsi un mouvement international de coordination des organisations de petits et moyens paysans, créé formellement en Belgique, à Mons, en 1993. Pour la première fois, on imaginait une réflexion commune sur le type d’agriculture que l’on désirait au niveau mondial. De manière générale, les décideurs devraient se mettre à l’écoute de ces mouvements, qui vont bien au-delà de la réflexion agricole - qui proposent un nouveau modèle de société.
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