Planète

La Nasa a procédé dimanche en Floride au lancement de sa sonde solaire Parker qui doit tenter de traverser l'atmosphère du soleil.

"Trois, deux, un et décollage", a lancé le commentateur de la Nasa alors que la fusée de lancement Delta IV-Heavy s'élevait du pas de tir de Cap Canaveral à 03H31 (07H31 GMT, 09H31 "en Belgique), après un report du lancement samedi.

De la taille d'une voiture pour une facture de 1,5 milliard de dollars, la sonde Parker est la première réalisation humaine à tenter de traverser l'atmosphère du Soleil, forte de son bouclier high-tech et des espoirs placés en elle par la Nasa et la communauté scientifique.

L'Agence spatiale américaine avait prévu samedi une fenêtre de lancement d'une durée de 65 minutes, à partir de 03H33 (07H33 GMT). Mais en raison d'un problème de pression d'hélium gazeux, apparu quelques minutes avant le décollage, la Nasa avait dû repousser à dimanche 07H31 (07H31 GMT) sa fenêtre de lancement.

La mission de Parker est claire: devenir le premier objet construit par l'homme à affronter les conditions dantesques de la couronne, une partie de l'atmosphère du soleil, qui est 300 fois plus chaude que la surface de l'astre.

La sonde devra passer à environ 6,2 millions de kilomètres de la surface du soleil et traverser 24 fois cette couronne pendant les sept ans que doit durer la mission.

Au-delà de la prouesse technologique, l'intérêt scientifique est primordial. Il s'agit de comprendre pourquoi la couronne est environ 300 fois plus chaude que la surface du soleil et pourquoi ses particules énergétiques produisent des tempêtes électromagnétiques pouvant perturber le fonctionnement du réseau électrique sur Terre.

Prédire les vents solaires

"La sonde Parker nous aidera à faire un bien meilleur travail pour prédire quand une perturbation dans les vents solaires viendra frapper la Terre", explique Justin Kasper, un des scientifiques responsables du projet et professeur à l'université du Michigan.

"Nous allons nous trouver dans une zone passionnante, où les vents solaires, croyons-nous, seront en accélération", commente pour sa part Jim Green, directeur du département de science des planètes de la Nasa.

"Là où nous voyons de gigantesques champs magnétiques qui passeront près de nous, quand les éjections de masse de la couronne (solaire) s'élancent dans le système solaire", précise-t-il.

Signe de l'intérêt porté à cette mission, Parker est le seul vaisseau de la Nasa à avoir été nommé d'après un scientifique toujours en vie, l'astrophysicien Eugene Parker aujourd'hui âgé de 91 ans.

Ce dernier était le premier à développer la théorie des vents solaires supersoniques en 1958, qu'étudiera maintenant cette sonde portant son nom, devant laquelle il se dit "impressionné".

L'engin est protégé par un bouclier en composite carbone d'une douzaine de centimètres d'épaisseur qui doit protéger les instruments scientifiques qu'ils transportent d'une température de près de 1.400 degrés Celsius.

© AP
Ecouter le soleil

A l'intérieur de la sonde, il devrait cependant faire seulement 29 degrés.

"Le soleil est plein de mystères", commente Nicky Fox membre du laboratoire de physique appliquée de l'université Johns Hopkins et responsable scientifique de la mission. "Nous sommes prêts (...) Nous connaissons les questions auxquelles nous voulons des réponses".

Cela fait plus de 60 ans que les scientifiques rêvent de construire un tel engin, mais ce n'est que depuis récemment que la technologie a rendu possible la construction d'un tel bouclier, ajoute-t-elle.

Les outils embarqués doivent mesurer les particules à haute énergie, les fluctuations magnétiques et prendre des images pour tenter de mieux comprendre cette couronne, qui est "un environnement très étrange, peu familier pour nous", explique Alex Young, un spécialiste du Soleil à la Nasa.

"Nous écouterons également les ondes de plasma dont nous savons qu'elles circulent quand les particules bougent", complète Nicky Fox.

Quand elle sera près du soleil, Parker voyagera suffisamment rapidement pour parcourir l'équivalent d'un trajet New York-Tokyo en... une minute. Une vitesse de 700.000 km/h pour ce qui est l'objet le plus rapide jamais construit par l'homme.


L'imageur de la sonde solaire Parker en partie conçu à Liège

La sonde solaire Parker a emporté avec elle un peu de savoir-faire belge: une équipe du Centre spatial de Liège a en effet participé à la conception de l'un des quatre instruments à bord. Il s'agit d'un imageur doté de deux télescopes chargé de suivre les fluctuations de densité dans la couronne solaire, rapporte mercredi l'Université de Liège (ULiège). L'instrument en question, baptisé WISPR (Wide-Field Imager For Solar Probe Plus Mission), va imager la lumière dans l'atmosphère extérieure du Soleil, qu'on appelle sa couronne.

"C'est une caméra grand champ", résume Pierre Rochus (ULiège), chercheur associé du projet WISPR aux côtés de Russell Howard du Naval Research Laboratory à Washington. Pour des raisons thermiques, ses deux télescopes ne regarderont pas directement l'astre mais seront orientés dans la direction du mouvement du satellite. "Ils vont observer la lumière diffusée par les électrons, celle qui nous intéresse le plus, et par la poussière qui provient de comètes et d'autres choses", explique-t-il depuis Cap Canaveral en Floride, où est prévu le décollage.

Le Centre spatial de Liège a effectué les calculs nécessaires pour anticiper la lumière parasite, c'est-à-dire celle qui aboutit dans le spectre à la suite de réflexions multiples non souhaitées. En l'occurrence, la lumière provenant directement du disque solaire et celle issue des éléments du satellite. Le centre universitaire a ensuite contribué au design de l'optique des deux télescopes afin qu'ils captent le moins de lumière parasite possible.

Outre l'étude des structures de la couronne du Soleil, WISPR permettra de faire le lien entre ces structures et les données récoltées par les trois autres instruments à bord, qui réaliseront quant à eux des mesures "in situ".

Ces prochaines années, deux autres observatoires contribueront à mieux connaître la naine jaune, à nouveau avec l'aide de scientifiques belges, souligne l'ULiège. Le Solar Orbiter de l'Agence spatiale européenne devrait être lancé en 2020, avec à bord un imageur (EUI, Extreme Ultraviolet Imager), dont Pierre Rochus est le maître d'oeuvre, et trois autres instruments dans lesquels le Centre spatial de Liège est impliqué.

La même année, le télescope Daniel K. Inouye (DKIST), plus grand télescope solaire au monde, devrait être opérationnel au sommet de la montagne Haleakala, sur l'île hawaïenne de Maui. L'un de ses éléments clés, la cellule du miroir primaire, a été conçu et fabriqué en Belgique par la société liégeoise Amos.