Berce du Caucase : gare aux brûlures!

St. Bo. Publié le - Mis à jour le

Planète

Samedi, un patient s’est présenté avec plein de petites gouttes en phlyctènes (cloques) au niveau des bras, des doigts jusqu’aux épaules. C’est le signe d’une marque de brûlure au 2e degré, raconte ce médecin urgentiste de l’hôpital Tivoli à La Louvière. Nous lui avons demandé s’il avait réalisé une activité particulière et il nous a expliqué qu’il avait débroussaillé un jardin, mais sans se protéger. Deux jours auparavant, il avait ressenti comme de l’urticaire puis, le lendemain, comme il faisait 30° et plein soleil, les brûlures sont apparues et il a accouru aux urgences. Nous avons vite identifié que ce patient avait été en contact avec la berce du Caucase".

Plante invasive, la berce du Caucase sécrète des substances photosensibilisantes qui provoquent des brûlures parfois très graves. "Le jus de la berce sensibilise la peau à l’action du soleil, explique le Dr Martine Mostin, directrice du Centre antipoisons. Lorsqu’on a de la sève sur la peau, on ne sent rien de particulier. Mais c’est après une exposition à la lumière du soleil que les brûlures vont apparaître, avec un certain délai. C’est ça tout le danger". Les personnes en contact avec la plante peuvent, en effet, continuer leur activité pendant plusieurs heures sans se rendre compte des dommages causés. Les lésions de la peau mettent quelques jours à se développer : la peau devient rouge, gonflée, et de grandes cloques apparaissent un ou deux jours plus tard, sous l’aspect de brûlures plus ou moins sévères. Après guérison, "chez certaines personnes peuvent persister, parfois assez longtemps, des taches brunes hyperpigmentées", reprend le Dr Mostin.

Chaque année, le Centre antipoisons recense une cinquantaine de cas, "entre début mai et fin août" - période de floraison de la berce du Caucase - précise la directrice. Cet été, 28 cas ont déjà été enregistrés, "sans compter les personnes qui s’adressent à leur médecin ou qui se rendent directement aux urgences".

Prudence, donc, car la berce du Caucase prolifère de plus en plus le long des talus de chemins de fer, des autoroutes ou des fossés ; dans les terrains vagues, les lisières, les prés ; sur les berges des cours d’eau ; en zones humides Et ce, du littoral aux Fourons en passant par la Wallonie et la Région bruxelloise.

Les personnes les plus vulnérables sont toutes celles qui peuvent entrer en contact avec cette plante dans le cadre de leur travail comme les jardiniers, les paysagistes, les agriculteurs ou encore les ouvriers assurant l’entretien des routes et des cours d’eau. Mais également les kayakistes, les pêcheurs, les promeneurs, les scouts et les enfants. "Le danger avec les scouts et les enfants, c’est que comme les tiges des berces du Caucase sont creuses, ils peuvent avoir envie de construire des petites cabanes ou des sarbacanes pour souffler dedans, ce qui peut provoquer des brûlures au niveau des lèvres et des muqueuses de la bouche", avertit encore le Dr Mostin.

Outre les risques que représente la berce du Caucase pour la santé, cette grande ombellifère engendre de gros dégâts environnementaux. Haute de 1,5 à 4 mètres, elle possède des feuilles qui peuvent mesurer de 50 cm à 1 mètre de diamètre. Sa tige est robuste et cannelée. En juin-juillet, ses fleurs blanches, disposées en ombelles, ont un diamètre de 20 à 50 cm.

De par sa taille exceptionnelle, elle étouffe et élimine les plantes indigènes, bien plus petites. Elle pousse également rapidement - chaque pied peut donner jusqu’à 80 000 fleurs qui donnent autant de graines - empiétant sur les autres plantes, éliminées par son ombrage.

Face à cet "Alien" géant, les Régions bruxelloise et wallonne ont adopté diverses mesures. La Wallonie a ainsi lancé en 2011 un Plan de lutte contre la berce du Caucase. Cet outil a permis d’identifier 1 614 sites envahis par cette plante et de "bien en réduire" les densités de population grâce, notamment, aux Contrats de rivière.

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