Planète

"Pourquoi moi ? Mais pourquoi pas moi ?” C’est ainsi que Brad, 42 ans, répond à ceux - comme sa mère - qui lui demanderaient pourquoi il veut tenter le voyage vers Mars, sans retour. Cet Anversois aux petits airs de Denzel Washington est l’un des 100 volontaires sélectionnés pour le projet “Mars One”. Lancé par l’ingénieur néerlandais Bas Lansdorp, Mars One vise à envoyer les premiers colons sur la planète rouge dès 2024. Le tout filmé comme une télé-réalité - Endemol est partenaire - afin de pouvoir financer les 6 milliards d’euros nécessaires au projet.

La société néerlandaise à l’origine de l’initiative a publié lundi la liste des 50 femmes et 50 hommes retenus à ce stade, dont un seul Belge. Qui s’est dit très excité par la nouvelle. “C’est une nouvelle aventure, que personne n’a encore vécue”, dit Brad. “Pourquoi n’irais-je pas sur Mars sans moyen de retour?", poursuit l’Anversois, qui a été choisi parmi 200 000 personnes inscrites. “Pourquoi ne risquerais-je pas d’être intoxiqué sur cette planète par des radiations, ou de mourir de froid, seul dans ce paysage ? Chaque entreprise et aventure a besoin de pionniers”, assure ce passionné d’astrophysique, mais qui a étudié la psychologie“pour aider les gens plus directement”.

© print screen community.mars-one.com

Ce célibataire croit au projet Mars One et ajoute qu’il aime “emprunter les chemins les moins fréquentés”, et être “hors de sa zone de confort.” Il ne devrait pas être déçu, les risques seront au rendez-vous. Les pionniers seraient en effet incapables d’assurer les conditions de leur survie plus de deux mois, selon une étude du Massachussets Institute of Technology. Ce qui n’a pas découragé les candidatures, venues des cinq continents. “J’aime l’idée qu’une partie de la race humaine prenne des risques, de sorte que les autres ne doivent pas en prendre”, affirme le Belge aspirant Martien. Mais Brad n’est pas encore près de s’envoler. Les “Mars 100” doivent à présent passer des tests afin d’évaluer leur façon de travailler en groupe. Ils ne seront au final que 24 à décoller pour l’espace.

Les huit candidats pour Mars qui ont leur chance (d'une manière ou d'une autre)

Voici 8 des 100 Terriens prêts à s'envoler pour Mars, sans billet de retour. Les profils sont diversifiés mais chacun de ces "citoyens ordinaires" a un argument à faire valoir pour faire partie des 24 futurs "martionautes", choisis par Mars One.

Le plus susceptible d'être sélectionné :

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A ce stade, ce Danois de 34 ans est celui qui a le plus de chance d'être choisi pour s'envoler en direction de la planète rouge. Mars One a en effet réalisé un classement des 100 volontaires par points. Christian Knudsen en a récolté 2469. Il n'a pas de formation scientifique mais est intéressé par l'impression 3D et l'informatique. Pour lui, "les bénéfices résultats d'un voyage sans retour vers Mars dépassent largement les coûts que cela entraîne. Les voyages spatiaux sont une façon de se sacrifier pour des gens, au-delà de sa famille, de sa patrie".

Le plus "bûcheur" :

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Cet étudiant de 21 ans qui termine ses études de physique à l'Université d'Oxford s'est déjà construit une vie autour de Mars. Il est actuellement, dans le cadre de ses recherches, en train de construire une caméra thermique qui pourrait être utilisée dans le cadre de la mission Phobos. Celle-ci a pour but d'étudier des sites d’atterrissage sur cette lune de Mars. Ryan a aussi travaillé pour la mission Vénus Express et d'autres recherches prestigieuses comme le LHC.

La plus "glamour" :

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Il ne faut pas oublier que Mars One c'est aussi - avant tout ? - une émission de télé réalité. C'est en effet en filmant en permanence les candidats et en le diffusant lors d'émission télé que les créateurs du projet (une société néerlandaise) espère financer les 6 milliards d'euros nécessaires au projet. La célèbre société Endemol (Big Brother...) est d'ailleurs partenaire du projet. Nul doute que Lucy, Tchèque de 25 ans, saura attirer l'attention des téléspectateurs, même si elle aussi d'autres qualités, comme des études en astrophysique et un goût pour l'écriture de poèmes...


La plus rêveuse :

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C'est sans conteste Etsuko Shimabukuro. Cette Japonaise de 50 ans espère bien pouvoir "ouvrir le premier bar à sushis sur Mars". Actuellement, elle travaille comme chef coq, à Mexico, où elle propose une cuisine japonaise. Petite, elle avait un télescope et rêvait de vivre sur une autre planète. Elle a étudié les sciences informatiques.

Le plus zen :

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Lennart a 36 ans et est "un ancien moine bouddhiste". Cet Allemand vivant à présent aux Etats-Unis a passé plusieurs années "à méditer dans une grotte". Et comme il le dit si bien lui-même : "il connaît du coup deux ou trois choses en terme de privation sensorielle". Ce spécialiste de l'informatique est convaincu par ailleurs que le futur de notre civilisation dépend de notre capacité à à vivre indépendamment de la planète Terre et à se répandre dans le système solaire.

Le plus divertissant : 

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Ce Sud-Africain de 31 ans a les arguments pour se faire sélectionner. Il pourra sans peine distraire ses compagnons d'expédition lors des longues soirées sur la planète rouge : il "écrit de la mauvaise poésie, joue très mal du piano et compose de très mauvaises chansons". A part cela, il pense que ceux qui participeront à cette mission "écriront le prochain chapitre de l'histoire de l'humanité". Et c'est vrai que c'est déjà pas mal...

La plus polyvalente :

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Cette Australienne de 37 ans est à la fois agricultrice, chirurgienne dentaire et géoscientifique (spécialiste des sciences de la Terre). Mais "elle est aussi très adroite à l'utilisation de foreuse et de marteau et très habile pour faire pousser et préparer la nourriture". Que demander de plus ? Ah oui, elle pratique les arts martiaux et le pole dance. Et "l'idée de transformer Mars en terre habitable lui semble vraiment très inspirant".

Le plus agile :

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Chinois de 32 ans, Li Dapeng a préféré, pour convaincre Mars One, les actes aux paroles. Dans une vidéo sous-titrée en anglais, il explique s'être préparé "beaucoup" pour la mission Mars One. Il détaille, rétroprojecteur à l'appui, les livres qu'il a lu sur le sujet, mais il s'est aussi filmé dans un parc chinois en train de faire des pompes (à une main), à grimper aux arbres, et à sauter sur des rochers.

Les raisons qui font douter du projet


Le projet Mars One, initié par une société néerlandaise, se poursuit. Sur les 200.000 personnes qui s'étaient portées volontaires pour un voyage vers Mars sans billet de retour, 100 ont désormais été présélectionnées. L'objectif est toujours d'envoyer 24 personnes d'ici 2024 coloniser la planète rouge. Mais les experts doutent de la validité du projet. Et ce pour au moins cinq raisons, selon le journal canadien "La presse".


Tout d'abord économique : Mars One évalue le coût du projet à 6 milliards d'euros, financés par les programmes de télé-réalité filmant les candidats. La Nasa, elle, avait évalué un tel programme à 80 milliards d'euros...


Secundo, la technologie nécessaire n'est pas encore mise au point. Mars One, contrairement à ce qu'elle prétend, devra développer de nouveaux programmes dans ce but, assurent les spécialistes de l'ingénierie spatiale. Autre aspect lié à la technologie : Mars One explique travailler avec des sociétés via des sous-contrats. Mais selon l'enquête menée par une journaliste australienne, ces contrats ne semblent pas signés formellement...

En outre, l'oxygène poserait aussi problème. Mars One prévoit faire pousser des plantes pour nourrir les astronautes dans l'unité où ils vivront. Or des chercheurs du Massachussets Institute of Technology ont calculé que cette façon de faire conduirait à la mort par suffocation des astronautes au bout de 68 jours. La cause est liée au rejet trop élevé d'oxygène par les plantes. La colonie mourrait au bout de 68 jours... La même équipe a évoqué le problème de l'envoi de pièces de rechanges à la colonie permanente, qui entraînerait un coût ingérable.


Enfin, dernier "hic" soulevé par les experts interrogés dans "La Presse", les participants sont tous des "non-professionels", choisis donc parmi le grand public. Mais les expertises des véritables astronautes, qui sont formés durant des années, ainsi que leur résistance au stress ne se retrouvent pas chez n'importe qui...