Planète En 38 jours, des alpinistes français ont récolté plus de cinq tonnes de déchets sur l’Everest. Détachés de la glace à coups de piolet et descendus à dos de yak. Les "trekkers" laissent derrière eux des champs d’immondices, racontent les deux chefs du projet à "La Libre".

Echelles, pieux à neige, tentes entières ou en lambeaux, mais aussi boîtes de conserve, bouteille d’oxygène ou batterie au lithium… La liste pourrait être encore très longue. De leur expédition de 38 jours sur l’Everest, les membres du projet "Everest Green" ont ramené 5,2 tonnes de déchets. Gérard Clermidy, Frédéric Delloye et leurs équipiers se surnomment d’ailleurs désormais les "éboueurs des cimes". Et l’Everest, pour sa part, "mérite bien son surnom de plus haute poubelle du monde", se désole Gérard Clermidy, président de l’association française "Montagne et partage" et chef du projet Everest Green.

Gamelles abandonnées

Cette vaste opération de dépollution de l’Everest s’est déroulée jusqu’à la fin mai, côté népalais, entre 5300 mètres d’altitude au camp de base jusqu’à près de 8000 mètres, au col sud du sommet le plus haut du monde.

Et même au "camp 4", perché à près de 8000 mètres, les alpinistes-éboueurs se sont retrouvés face à une vision très, très éloignée de la carte postale "pureté des neiges éternelles"… "Quand on arrive au camp, c’est une vision d’horreur, raconte le Lillois Frédéric Delloye, qui a coordonné la récolte dans les hauteurs. Ce que l’on voit, outre le sommet de l’Everest à 900 mètres au-dessus de nous, c’est ceci : tentes aux toiles arrachées, ou complètement détruites, restes de toile enfermés dans la glace ou dans la roche… Et autour des tentes, on trouve des déchets, des traces d’urine et de vomi… C’est à perte de vue, c’est immonde. On trouve aussi des paires de chaussettes, des batteries de lampes frontales, des papiers de barres énergétiques. J’ai même vu des gamelles avec encore les couverts dedans…" Sur ce "champ d’immondices", il est même devenu difficile de trouver un espace sans pollution pour planter sa tente, expliquent les membres de l’expédition. "Tous ces déchets sont abandonnés par les alpinistes avant l’ascension proprement dite et ne sont pas récupérés à la descente", continue Frédéric Delloye. "En fait, le 4, c’est le dernier camp avant l’ascension du sommet. Vu l’altitude, les alpinistes ont mis entre 12 et 15 heures pour y arriver. Arrivés à ce camp 4, ils ont 4 à 5 heures pour se reposer, avant de continuer à grimper. Ils vont se restaurer, changer de chaussettes… Il y a beaucoup de fatigue, ils sont tournés vers l’ascension finale et rien d’autre…" Au retour, ces alpinistes venus du monde entier ne pensent plus qu’à redescendre à une altitude plus hospitalière. Et pas du tout à leurs déchets…