Planète

Appelé à enclencher une transformation fondamentale de nos sociétés au cours des prochaines décennies, l'accord de Paris, qui est avalisé, peut-il tenir toutes ses promesses ?« Il s'agit d'un texte qui fait le grand écart entre son ambition générale et les moyens concrets pour y parvenir » , résume un négociateur. Une analyse qui traduit bien le sentiment général, y compris parmi les ONG. Même si l'accueil réservé au texte par ces dernières traduit un enthousiasme mesuré…

« Le texte comporte des faiblesses, poursuit notre interlocuteur, mais l'important est qu'il ne verrouille rien. Ce qui permettra d'améliorer les choses par la suite. » Le travail ne fait donc que commencer (lire aussi: les cinq prochaines années seront déterminantes). Cet accord, juge-t- il encore, donne néanmoins un signal très fort aux gouvernements, au monde financier et aux grands groupes industriels et énergétiques mondiaux, qui va les pousser à accélérer le virage entamé vers les énergies renouvelables et un développement économique « bas carbone »

« Alors que l'on craignait de voir un texte fortement affaibli, par rapport aux projets présentés ces derniers jours, la présidence française a souvent retenu les options les plus positives. Elle a même renforcé en douceur certains points que l'on pensait bouclés », confirme un de ses collègues, rejoignant le satisfecit général décerné à la diplomatie française.


Petit tour du propriétaire

L'ambition : le texte prévoit de limiter la hausse de la température moyenne mondiale « bien en deçà de 2°C et de se rapprocher au maximum d'1,5°C » . Une mention qui constitue une vraie victoire pour les Etats insulaires et les pays les plus vulnérables dont l'existence même est menacée par l'évolution du climat. Mais tenir cette promesse extrêmement ambitieuse se révélera pratiquement très compliqué. D'autant que la voie tracée pour atteindre cet objectif de long terme reste très floue. Le document évoque un pic des émissions mondiales « aussi vite que possible » avec l'idée d'atteindre « dans le courant de la seconde moitié de ce siècle un équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines et l'absorption par des 'puits' de carbone » (forêts, cultures, méthode industrielle de stockage du CO2). On ne se mouille donc pas trop. En raison, notamment, de l'obstruction des pays producteurs de pétrole qui misent beaucoup sur les progrès technologiques pour continuer à profiter de leur manne d'or noir le plus longtemps possible…

La bonne nouvelle est que cette formulation couvre tous les gaz à effet de serre – y compris le méthane et le protoxyde d'azote découlant de l'agriculture. « Le problème c'est que cette formulation très vague sera interprétée par certains pays comme une nécessité d'agir le plus vite possible ; et par d'autres le plus tard possibles » , commente le climatologue Jean-Pascal van Ypersele. Rien de très solide n'est par ailleurs prévu pour donner un prix à la pollution au CO2. Pas davantage d'incitation à agir sur les émissions du secteur du transport international par air ou par mer.

La différenciation. Le texte contient de nombreuses expressions visant à bien souligner la différence des devoirs qui incombent aux pays du Nord et du Sud, eu égard à la responsabilité des premiers dans le phénomène du réchauffement climatique.

Tous les pays devront prendre part à ces efforts de réduction des émissions. C'est la dimension universelle. Dans un premier temps, les pays industrialisés devront très logiquement en assumer la plus grande part, progressivement rejoints par les pays émergents et les pays en développement, en tenant compte de la situation propre et des capacités de ces derniers. Le texte prévoit un mécanisme de révision quinquennal qui doit inciter les pays à rehausser progressivement leurs efforts pour se replacer sur une trajectoire vertueuse (lire en p.26).

L'accord reconnaît également la situation particulière des Etats insulaires et des pays les moins avancés, mentionnant ainsi la nécessité d'agir pour éviter les « pertes et préjudices » liés aux impacts climatiques (inondations, salinisation des terres agricoles...), sans pour autant ouvrir la porte au paiement d'indemnisations.

Les garanties. Le deal repose en large part sur la sincérité des pays et le fait que ceux-ci mettront réellement en œuvre les mesures et politiques décrites dans leurs contributions nationales. Le texte prévoit toutefois un système de contrôle et de vérification de nature facilitatrice. Des rapports seront aussi soumis à des auditeurs internationaux qui émettront leurs remarques et suggestions d'amélioration. Aucun régime de sanction n'est toutefois prévu en cas de non-respect, ce qui constitue une faiblesse certaine.

La mise en place de règles communes pour assurer la transparence et faciliter la comparaison entre les différents programmes nationaux (même année de référence, objectifs absolus ou relatifs…) est aussi au programme. Et il y aura du boulot.

Le financement. Afin d'éviter de se heurter à un « no » du Congrès américain, le fameux chiffre de 100 milliards de dollars annuels promis par les pays du Nord pour aider les pays en développement ne figure pas dans l'accord lui-même, mais dans le volet des décisions d'une portée moins contraignante. Mais le traité entérine le fait que ce montant est une base appelée à augmenter ; et que cet argent devra servir tant aux mesures de réduction des émissions de CO2 qu'à celles visant à aider les pays les plus vulnérables à s'adapter aux effets des dérèglements de la machine climatique. Il oblige également les pays industrialisés à présenter tous les deux ans un rapport indicatif sur les financements publics à venir. Les promesses d'aide au développement, jamais tenues, du passé ont laissé des traces…

Les autres pays sont également encouragés à élargir le cercle des donateurs sur base volontaire ou à continuer à faire preuve de générosité quand c'est déjà le cas. Une incitation qui vise en particulier les grands émergents comme l'Inde ou le Brésil.


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Timeline : le réchauffement climatique




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