Planète

« Les choses ne font que commencer », voilà peu ou prou la conclusion tirée par la majorité des observateurs après la publication de l'accord final sur le climat, samedi à Paris. 

Relativement ambitieux en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre à long terme, le texte laisse en réalité aux Etats le soin de prendre les mesures qui s'imposent pour concrétiser ces ambitions. Libre à eux de revoir ou non à la hausse les engagements nationaux («contributions volontaires» en langage onusien) qu'ils avaient annoncés avant le sommet et ceux qu'ils annonceront à l'avenir.

Tout droit vers 3°C

Or, à l'heure actuelle, ces engagements conduisent tout droit à une hausse de la température à la surface du globe plus proche des 3°C que des 1,5°C. Si les Etats – et particulièrement les principaux pays émetteurs comme la Chine, l'UE ou les Etats-Unis - ne prennent donc pas rapidement de nouveaux engagements, l'objectif de 1,5% deviendra très vite inaccessible. « Le rapport du GIEC indique clairement que si l'on veut limiter le réchauffement à 2°C, ils nous reste environs 200 milliards de tonnes de CO2 à émettre » expliquait vendredi le climatologue français Jean Jouzel sur base d'une première version de l'accord. « Au rythme actuel, cela prendra deux ou trois décennies.   Si l'on veut se limiter à 1,5°C: il nous reste cinq ans. »

Premier état des lieux en 2018

Pour éviter de rester prisonnier d'une trajectoire qui nous conduirait tout droit vers une hausse de 3°C et manquer sa cible avant même son entrée en vigueur prévue pour 2020, le texte a donc mis en place un « processus de révision » qui se déroulera en trois temps. En 2018, le GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur le climat) remettra un rapport scientifique sur la hausse de la température à la surface du globe et la possibilité de maintenir celle-ci à 1,5°C. Parallèlement, les Etats évalueront l'état de leurs contributions respectives.

En 2020, les pays signataires auront la possibilité de revoir volontairement leurs engagements à la hausse avant qu'un nouvel état des lieux ne soit effectué collectivement en 2023. Dès 2025, enfin, les 196 pays signataires de l'accord de Paris devront soumettre - et ce tous les cinq ans - de nouvelles contributions, à priori revues à la hausse. Ces contributions ne lieront aucunement les pays au niveau international, mais l'accord de Paris «souhaite» les voir rentrer dans les droits nationaux pour que tous les Etats soient tenus de les honorer devant leurs juridictions internes.

Besoin d'une impulsion

Tout ou presque repose donc sur la bonne volonté des Etats et leur capacité à formuler de nouveaux engagements. « Un certain nombre d'Etats (79 pays dont l'Union européenne et nombre de pays africains) ont formé pendant le sommet la coalition des pays favorables à un accord ambitieux » analysait vendredi soir l'expert au World Ressources Institute Pascal Canfin. « Ils pourraient prendre des initiatives, annoncer sur base volontaire des mesures plus ambitieuses pour le climat et le financement climat dès la période 2017 – 2023. Cela donnerait une impulsion à l'accord. » Comme l'expliquait également vendredi soir la directrice de l'Institut français du développement durable (IDDRI) Teresa Ribera: « Plus on mettra de choses en oeuvre aujourd'hui, plus il sera simple d'accélérer les choses par la suite. » Il ne reste plus qu'à se mettre au boulot. ​

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