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Le sondage CNCD-La Libre-RTBF montre une relative lassitude des Belges par rapport à la coopération au développement. D'aucuns souhaitent qu'on aide d'abord "nos" pauvres, avant ceux du Sud. Malgré cela, on observe encore en Belgique des mouvements de solidarité, lancés par les ONG, mais aussi des citoyens.

Las de l’aide au développement des pays du Sud, perçue (à tort) comme un puits sans fond, les Belges ? Certes, 50 % des personnes interrogées dans le cadre du sondage CNCD-La Libre-RTBF pensent que la Belgique, en tant que pays développé, se doit de consacrer une partie de ses richesses à aider les pays les plus pauvres. Mais 61 % estiment aussi qu’elle devrait d’abord aider les personnes en difficulté sur son propre territoire. Le Dr Bertrand Draguez, président du centre opérationnel de Médecins sans frontières à Bruxelles, explique ce repli par les "messages déshumanisants du monde politique relayés par une certaine presse, ainsi que par un manque d’explications. Le monde politique parle rarement de personnes, il parle de chiffres. Or, un médecin, quand il reçoit un patient, il le voit comme un individu qui a des besoins".

Cette tendance au repli n’est pas neuve, rappelle Gautier Pirotte, professeur de socio-anthropologie du développement à l’Université de Liège. Et de citer un slogan français des années 50 : "La Corrèze plutôt que le Zambèze". La postérité l’attribue, faussement, au journaliste de "Paris-Match" Raymond Cartier, qui a donné son nom à un courant d’idées nombriliste. "C’est ce vieux fond de ‘cartiérisme’qui a poussé les gouvernements à réduire les moyens dévolus à la coopération, année après année", relève le sociologue.

Les ONG actives dans l’aide au développement portent aussi une part de responsabilité dans le relatif désintérêt des Belges aux problèmes du Sud, poursuit M. Pirotte."La méconnaissance que les gens ont des enjeux Nord-Sud, c’est un échec de l’éducation au développement. Pendant longtemps, elle avait pour objectif de favoriser la récolte de fonds, et était cantonnée aux bonnes écoles de Bruxelles, du Brabant wallon et aux établissements catholiques. Il était temps qu’elle s’ouvre à d’autres milieux scolaires, dès le primaire, et aux adultes". De plus, pendant longtemps, "les ONG pensaient qu’il suffisait de manifester sa conviction pour convaincre , mais ça ne suffit plus. Il y a un déficit d’image dans leur stratégie de com’’, ajoute M. Pirotte.

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