Planète Dans une course cycliste, on appelle ça une étape de transition. La journée de mardi s’est en effet écoulée dans une étrange indolence à la COP 21. Un calme qui tranche avec l’agitation qui caractérise habituellement les conférences climatiques.

De l’avis même de plusieurs participants aux négociations pourtant, "le travail avance bien". La méthode instaurée par le ministre français Laurent Fabius, qui préside le sommet, semble porter ses fruits. Sept groupes de travail thématiques, pilotés à chaque fois par deux ministres "facilitateurs", ont ainsi été mis sur pied. Au sein de ceux-ci, on s’applique à déminer le terrain en dégageant des solutions sur chaque point du brouillon d’accord suscitant des doutes ou des contestations. Les membres de ces groupes débattent en format "indaba" (table ronde) ou multiplient les échanges bilatéraux pour tenter d’améliorer les formulations du texte qui posent problème et de rapprocher les différentes positions.

"Laurent Fabius a demandé aux participants de n’intervenir que pour faire des propositions constructives et non pour répéter inlassablement leur position comme cela a souvent été le cas dans le passé. Et la consigne est bien respectée", observe un négociateur belge.

Mardi soir, les différents groupes ont fait rapport de l’avancée de leurs discussions en séance plénière. Un exercice qui s’est déroulé sans clash, même si certains sujets restent visiblement sensibles. La question de la différenciation des efforts et obligations exigés des pays en développement et industrialisés notamment, mais aussi celles de l’aide à l’adaptation des pays les plus pauvres et plus vulnérables ou encore celle du dédommagement des dégâts subis par ces derniers.

Plusieurs représentants du groupe des pays en développement ont d’ailleurs rappelé en conclusion de ces échanges qu’ils attendaient du projet d’accord final qu’il soit "équilibré" - comprenez qu’il reflète clairement leurs revendications. Un signal feutré, mais qui montre que tout n’est pas encore joué et qu’une poussée de fièvre ne peut jamais être exclue au moment d’aborder la phase ultime des négociations.

Un projet d’accord final ce mercredi midi

Ce mercredi, le "comité de Paris" qui rassemble des représentants de la présidence française et de toutes les parties qui le souhaitent doit en effet assembler les pièces du puzzle et présenter une nouvelle version du texte. Remise à 13h, a promis un Laurent Fabius réglé comme une horloge suisse.

S’ensuivra alors une négociation au finish entre les délégués des 195 pays pour trancher les derniers points en suspens… qui sont évidemment aussi les plus délicats. Objectif : finaliser le travail pour jeudi soir ou vendredi matin, de manière à laisser aux juristes et aux traducteurs le temps de finaliser un document qui devra être adopté en séance plénière pour vendredi 18h.

Un timing très serré - utopique, estiment certains vieux habitués des négociations - qui permettrait la présidence française d’éviter une collision entre un éventuel accouchement dans la douleur de "son" accord climat et le second tour des élections régionales, qui ont lieu dimanche dans l’Hexagone. L’occasion aussi de bénéficier d’une belle exposition médiatique sur les ondes nationales samedi, les politiques étant tenus 48h au silence par la loi électorale…

Du côté des ONG, cette accélération du processus suscite plus d’inquiétude que d’enthousiasme. A quoi bon se fixer un objectif de limiter la hausse de la température moyenne mondiale à 1,5°C plutôt que 2°C, comme l’envisagent de plus en plus de pays, si la substance de l’accord ne contient aucun plan d’action qui permette de se donner les moyens de réaliser cette ambition, martèlent-ils. "Si on en reste là, ce ne sera qu’un engagement de papier."