Planète

Pour le meilleur et pour le pire. La formule, habituellement réservée aux unions que l’on espère durables, sied à merveille au nouveau projet d’accord déposé mercredi sur la table des négociateurs du sommet de Paris. Pour le meilleur ou pour le pire plutôt, tant ce texte comporte encore de multiples options susceptibles de tirer les ambitions de la lutte contre les dérèglements climatiques vers le haut ou, à l’inverse, de les noyer dans une bouillie “low cost”.

Sur la forme, la méthode Fabius a payé : les opérations de nettoyage réalisées par les groupes de travail mis sur pied par le ministre des Affaires étrangères français, qui préside la conférence, ont permis de ramener le texte de 47 à 29 pages et d’écarter au passage environ trois-quarts des 900 options qui figuraient dans le document initial. Un bel effort qui permet aux ministres “de disposer d’un document tout à fait utilisable qui synthétise les alternatives possibles” pour prendre les décisions politiques, juge un négociateur belge. Certains points, comme par exemple la question du soutien à l’adaptation des pays en développement aux conséquences du réchauffement, semblent ainsi quasiment faire l’objet d’un consensus.

Mais ce coup de Kärcher a aussi laissé certains éléments sur le carreau. Toute référence aux droits de l’homme, défendue par un groupe d’Etats latino-américains, a ainsi disparu. Idem pour la mention, défendue par l’Union européenne, soulignant la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre du transport aérien et maritime international.

Quel niveau d’ambition ?

Tout est donc loin d’être résolu, a souligné Laurent Fabius, rappelant que les trois éléments clefs de l’accord étaient encore loin d’être tranchés. De fait, l’article portant sur l’objectif de limitation de la température moyenne mondiale envisage toujours trois options : rester en dessous d’une hausse de 2°C par rapport au niveau des années 1850 ; rester bien en dessous des 2°C et accélérer les efforts pour tenter de viser 1,5°C maximum ou se fixer sans ambiguïté le cap de moins d’1,5°C. Cette troisième option étant la plus en phase avec les recommandations du monde scientifique.

Les questions liées à la différenciation des efforts demandés à chaque pays en fonction de sa responsabilité historique dans le bouleversement du climat et de ses capacités économiques, tout comme celles portant sur le financement de l’aide aux pays en développement, sont elles aussi toujours largement pendantes.

En début de soirée, les représentants des principaux groupes de pays ont donc exposé à tour de rôle leurs motifs de satisfaction et de mécontentement.

Le bloc des émergents, par la voix de la Chine, a jugé le texte globalement équilibré, même si l’Inde en appelle à plus de “justice climatique”. L’UE souhaite renforcer le mécanisme de révision permettant de rehausser le niveau des ambitions très insuffisant pour maintenir la hausse de la température en dehors de la zone rouge. L’Australie n’y trouve pas non plus son compte. Les pays en développement veulent davantage de garanties sur la différenciation et l’aide à l’adaptation. Les Etats insulaires réclament un mécanisme de dédommagement des dégâts subis et exigent un objectif strict d’1,5°C au maximum, sans quoi ils n’apposeront pas “leur signature à un document qui signifie l’extinction de leurs peuples”. Les pays du Golfe refusent toute mention à un prix du CO2 qui serait nuisible à leurs économies…

Le donnant-donnant est lancé

Bref, personne n’a renversé la table et la confiance entre les parties semble toujours présente. Mais chacun se positionne en vue du grand marchandage final qui, redoutent les ONG, pourrait vider l’accord de toute réelle substance.

Rassemblés au sein de deux tables rondes, les négociateurs s’apprêtaient à passer une nuit blanche pour tenter de rapprocher les points de vue et affiner encore le texte. Objectif : déposer une version corrigée ce jeudi en début d’après-midi pour la soumettre aux arbitrages politiques décisifs.

Tout est donc en place pour aboutir à un accord qui pourrait encore être raisonnablement ambitieux. Ou pas.