Planète

"Il y a extrême urgence à agir, tous ensemble, contre le réchauffement climatique" , écrit la ministre fédérale Marie-Christine Marghem (MR), dans sa note de politique générale 2018, qu’elle présentera au Parlement. "La Belgique continuera de plaider en faveur d’un régime climatique multilatéral, ambitieux et efficace" , poursuit la note de 18 pages qui conclut, dans la page consacrée au changement climatique : "L’exécution de l’accord de Paris signifie que dans notre pays, nous entamons la transition vers une société bas carbone, mais aussi que nous coopérons avec les autres parties à l’accord."

Une Belgique ambitieuse en matière de climat, donc ? Pour les ONG actives dans le domaine, il y a loin de la coupe aux lèvres. "En public, la Belgique veut être ambitieuse, dans la réalité, on ne le constate pas, lance Julie Vandenberghe, experte climat du WWF. Dans les rapports officiels, on voit que la Belgique n’est pas en route pour atteindre ce qu’elle doit atteindre. Cela fait plusieurs années que les rapports du Bureau européen de l’Environnement montrent que, avec les mesures qu’elle prend actuellement, la Belgique n’atteindra jamais ses objectifs de 2020. Elle a d’ailleurs mis six ans pour se les partager entre Régions et fédéral."

Pollution en hausse

Plus concrètement, si la Belgique se montre bonne en termes d’efficacité énergétique, en matière de réduction d’émissions de CO2 (-15 %), c’est "dramatique". Après une baisse, ces gaz à effet de serre (GES) sont en train de remonter depuis deux ans. Selon les projections, la Belgique pourrait manquer son objectif en 2020 d’une poignée de pourcents. En outre, estime l’experte, notre pays a tendance à puiser de manière exagérée dans le budget "pollution" auquel chaque pays a droit jusqu’en 2050, et, de plus, achète des droits d’émissions polluantes à l’étranger. "L’action sur le terrain, elle, ralentit."

La Belgique est aussi conservatrice en négociations, continue-t-elle. "C’est clair qu’il faut faire plus, mais la Belgique ne fait pas plus, et, au contraire, elle continue à essayer de diminuer ses objectifs. " Ceux-ci sont en fait établis avec l’Union européenne, via des négociations bien avancées. La Belgique s’est vue imposer une baisse de 35 % des GES en 2030. "Elle n’essaye pas de faire baisser cet objectif officiel, mais d’introduire des mécanismes de flexibilité, qui vont avoir un très grand impact sur l’objectif réel", avertit l’experte. Selon un calculateur mis en place par deux ONG, on passerait ainsi d’un objectif théorique de -35 % à une réduction réelle de -24 %. Ces mécanismes de flexibilité sont, en bref, le "recyclage" d’émissions polluantes non utilisées par les entreprises pour les réinjecter dans le paquet "non industriel" (d’où moins d’efforts à réaliser dans le transport ou le logement), la promesse de laisser indemnes des forêts, ce qui permet "d’épargner" des réductions d’émissions dans d’autres secteurs, et enfin changer de date de référence, ce qui augmente le total des émissions polluantes "permises" jusqu’en 2030.

"La Belgique est irresponsable"

"Cela devient grotesque […] ! Tous ces trucs et astuces permettent de camoufler les choses et de davantage retarder les efforts à réaliser, c’est-à-dire simplement changer de modèle. C’est une question de choix politique. Regardez les Pays-Bas qui ont décidé d’aller au-delà de l’objectif européen ! La Belgique fait l’inverse ! C’est irresponsable, aussi au niveau économique : plus on retarde le moment de l’action climatique, plus cher ça coûtera", assène Jean-Marc Nollet. Dans la foulée, le député fédéral Ecolo se dit "déçu et fâché" de la Note de politique 2018 de la ministre Marghem, "pauvre en termes de contenu et d’engagement, sans chiffre, ni date précise" en matière climatique.

La ministre de l’Environnement réplique que ce serait "de l’hypocrisie" d’être plus précise, alors que le plan énergie climat et les négociations avec l’Europe sont toujours en cours. Quant aux mécanismes de flexibilité, Mme Marghem rappelle que c’est l’Europe qui les a introduits car "l’histoire de chaque pays est différente". Est-ce problématique selon elle de les utiliser ? "Ils sont valables pour tous les pays européens, ils sont utilisés par tous les pays européens ! Ce n’est pas nouveau et je les ai simplement rappelés en juin 2017 - je l’avais déjà fait en juillet 2016 - je ne faisais alors qu’annoncer quelque chose de banal mais qui a été mal pris, car c’était le moment où Trump annonçait son retrait de l’accord de Paris. Les Régions ont réagi : ‘non, on veut 35 % sans flexibilité’. Or, à la table des négociations européennes, où les Régions ont le leadership - le fédéral vient en appui -, en octobre, ces éléments (flexibilité) sont revenus dans la discussion. Je dois constater cette incohérence. Je ne peux que suivre ce qui se passe."

Pour Mme Marghem, qui représentera la Belgique à Bonn , "l’Europe (et donc la Belgique) reste très ambitieuse par rapport aux autres pays dans le monde. Mais qui peut se targuer de faire assez d’efforts ? Dans l’Union, il y en a qui vont plus vite que d’autres. Mais ce qui compte c’est le chemin, l’ensemble, pas lequel aboutit le premier. […] Cette conférence à Bonn, ce sera l’occasion de galvaniser les troupes !" Elle se dit toutefois inquiète des risques de manquer l’objectif 2020 en Belgique : "Quelle sera l’ambition en énergie renouvelable au niveau des entités, singulièrement des Régions, pour pouvoir éviter de substituer la sortie du nucléaire avec de la production d’électricité qui émet beaucoup de CO2 ? Cela, c’est la vraie question."