Planète

Certains l’appellent déjà "la conférence des îles". Placée pour la première fois sous la présidence d’un Etat insulaire - les îles Fidji  -, mais accueillie pour des raisons logistiques à Bonn, la Conférence sur le changement climatique des Nations unies débute ce lundi 6 novembre, pour se clôturer le 17 novembre.

On pourrait aussi appeler cette COP 23 la conférence "escale". Une fois de plus, les quelque 195 pays participants se retrouveront bien pour tenter de se mettre d’accord pour limiter la hausse des températures sur la planète. Mais Bonn est une étape-relais : il s’agira, d’une part, de définir avec clarté tous les termes de l’accord de Paris, et d’autre part de préparer la conférence de 2018 en Pologne, où l’on évaluera les plans nationaux "climat".

On sait déjà en effet que les efforts doivent s’intensifier, car les ambitions de chaque pays annoncées au début de la conférence de Paris, toutes cumulées, sont insuffisantes pour maintenir la hausse des températures globales sous deux degrés (voire 1,5 °C). Dans l’état actuel, on atteindrait seulement un tiers des réductions nécessaires, un "écart dangereux", "catastrophique" qui annonce de "super-dérèglements" (canicule, super ouragans…), selon l’Onu.

"Combler le trou d’urgence"

"On doit continuer à travailler avec un sentiment d’urgence, presse, dans une conférence téléphonique, Manuel Pulgar-Vidal, qui fut président de la COP 20 à Lima (Pérou ). On doit combler ce trou (entre les promesses de Paris et ce qui est nécessaire) ! On doit continuer à travailler à développer les énergies renouvelables, sur l’efficacité énergétique, sur l’accès universel à l’énergie, la restauration des terres, l’alimentation…. Les choses ont déjà commencé à changer, il faut continuer !"

Ce sera la première COP depuis l’annonce du retrait de l’accord de Paris des Etats-Unis (mais des diplomates américains seront présents, le retrait n’étant effectif qu’en 2020). "C’est capital que les parties à la conférence comprennent que ce qui se passe à Washington n’est pas représentatif de ce qui se passe aux Etats-Unis en matière d’économie et de changement climatique, ajoute l’activiste américain Lou Leonard. Donc ce sera important pour les leaders climatiques de tous les Etats-Unis (gouverneurs, maires, chefs d’entreprise…) de venir expliquer aux autres pays qu’ils sont encore dans l’accord de Paris, dans le combat contre le changement climatique et que l’économie américaine continue à avancer vers les engagements que les Etats-Unis ont pris lors de l’accord de Paris." L’attitude des diplomates américains à Bonn devrait néanmoins être attentivement scrutée par la communauté internationale.


"M.Trump, le changement climatique n’est pas une blague"

Chef du village de Vunidogoloa aux îles Fidji, Sailosi Ramatu a annoncé qu’il fera le voyage vers Bonn avec un message pour le président américain Donald Trump : "Le changement climatique n’est pas une blague." En 2012, Vunidogoloa est devenu le premier village des îles Fidji à être relocalisé en altitude en raison de l’élévation du niveau de la mer. Sur les 10 millions de personnes qui vivent sur les îles Pacifiques, jusqu’à 1,7 million pourraient être déplacées d’ici 2050 à cause du changement climatique, selon la London School of Economics. Et Fidji, qui organise cette année la Cop 23, mais en Allemagne, est déjà concernée de près par les ravages causés par le réchauffement climatique.

Cette nation de plus de 870 000 personnes au centre de l’océan Pacifique Sud, composée de 300 îles volcaniques, comprend des atolls de faible altitude, qui sont fortement assujettis aux cyclones et aux inondations. Les mesures montrent en effet que le niveau moyen de la mer dans l’Ouest des Fidji a augmenté de 4,6 mm par an depuis 1993…

Appel au secours pour les océans

Selon des projections, 45 communautés côtières ou proches d’un delta ont été identifiées comme nécessitant une relocalisation.

Et les impacts du changement climatique sur les Fidji ne feront qu’augmenter à l’avenir, avertissent les Nations unies : davantage de maladies à cause des hausses de température, de tempêtes destructrices à cause du réchauffement des océans et de la météo extrême, problèmes agricoles à cause de l’arrivée de l’eau salée sur les terres…

De son côté, c’est à propos des océans que le biochimiste Alfred Ralifo, originaire de Suva, la capitale des Fidji, lance encore un appel au secours de plus, dans une conférence téléphonique avec des médias du monde entier, dont "La Libre". "Pour les Fidji et les autres Etats insulaires, les océans sont essentiels à notre propre existence et notre sécurité. Ils sont cruciaux au niveau économique, sécurité alimentaire, bien-être personnel et culturel… Un rapport de 2011 montre par exemple que nous, les Etats insulaires du Pacifique, dont Fidji, nous devrions avoir besoin de 60 % de poissons en plus pour nourrir notre population en croissance en 2015. Mais on n’y est pas du tout ! Pour moi, il n’y a pas de solution au changement climatique sans prendre en compte les océans."

Son souhait, en tant que responsable du WWF (World Wildlife Fund) dans le Pacifique Sud, est que ce thème soit introduit de manière plus formelle dans les négociations climatiques internationales.