Croisière toxique en mer du Nord

Agathe Mahuet Publié le - Mis à jour le

Planète

C’est un porte-conteneurs chargé d’incertitudes qui a traversé cette nuit les eaux territoriales belges. Le MSC Flaminia, véritable entrepôt flottant, battant pavillon allemand, avait quitté début juillet le port américain de Charleston pour rejoindre rapidement celui de Bremerhaven, au nord de l’Allemagne. Mais une explosion au cœur du navire, suivie d’un important incendie, ont arrêté sa course, le 14 juillet dernier, au large des côtes britanniques. L’origine de l’accident - dans lequel un membre de l’équipage est mort, un autre gravement blessé, et un dernier a disparu- reste inconnue. Tout comme la nature des dégâts occasionnés, le nombre exact de conteneurs tombés à la mer et la probable pollution atmosphérique entraînée par le feu.

Car le MSC Flaminia transportait dans une partie de ses 2876 conteneurs un grand nombre de matières dangereuses. Nitrométhane, phosphore et autres substances inflammables, mais aussi des matières toxiques comme le butyronitrile, ou encore quelque 40 tonnes de déchets contaminés aux polychlorobiphényles (PCB). En tout, pas moins de 149 conteneurs contenant des substances dangereuses. La liste a été publiée le 31 août par l’association française Robin des Bois, brisant le silence assourdissant adopté par les autorités maritimes compétentes depuis l’incendie.

Pourtant, malgré ce premier éclairage - tardif- sur le chargement initial du navire, le mystère plane toujours, aujourd’hui, sur ce qu’il en reste. L’agence européenne pour la sécurité maritime n’a rien à dire sur le sujet. "Ce sont aux préfectures maritimes locales de régler le problème", y assure-t-on. Le porte-parole de la garde côtière belge, Antoine Vuylsteke, n’est pas plus bavard : "Actuellement, nous n’avons pas d’informations sur le contenu du navire." Idem au département "sécurité maritime" de la Commission européenne, où l’un des responsables avoue "ne pas avoir eu de détails".

Partout, on se renvoie la balle pour éviter d’avouer l’inavouable : personne ne sait vraiment quels conteneurs ont été endommagés, le 14 juillet, sur le MSC Flaminia.

Vendredi dernier, pourtant, le Centre allemand des urgences maritimes de Cuxhaven a laissé entendre que l’ensemble des 40 tonnes de PCB que transportait le navire avaient "complètement brûlé" dans l’incendie. Sans pouvoir en apporter de preuve pour autant. Du côté des autorités maritimes françaises, le son de cloche est similaire. "La combustion ayant été très violente, et la température très élevée, il est assez probable que l’essentiel de ces matières dangereuses se soient enflammées", analyse Jean-Christophe Burvingt , inspecteur régional des douanes à la préfecture de Cherbourg.

Les inspections officielles, elles, se sont multipliées depuis cet incendie, dirigées tour à tour par le néerlandais Smit Salvag (choisi par l’armateur allemand Reederei NSB), le cabinet indépendant Germanischer Lyod, puis par une équipe internationale d’experts. Mais peu de choses en ont filtré, sinon que l’état de la coque du Flaminia avait été jugé assez bon pour que le navire reprenne la route. Après avoir longuement stagné à une cinquantaine de kilomètres de l’Angleterre, au sud-ouest de la Manche, le porte-conteneurs a donc levé l’ancre, dimanche dernier, pour remonter la mer du Nord et traverser cette nuit, 5 heures durant, les eaux territoriales belges.

Destination finale : le port allemand de Wilhelmshaven, où il subira des réparations et, sans doute "un inventaire enfin complet de sa cargaison", juge Savéria Martel, chargée de communication chez Trédi Saint-Vulbas. Cette usine française de traitement de déchets - la seule au monde habilitée pour l’élimination des PCB - prévoit toujours d’accueillir les 40 tonnes de déchets mexicains contaminés aux PCB transportés par le MSC Flaminia... s’ils arrivent à bon port. "Nous n’avons pour l’instant aucune information officielle sur l’état de nos déchets", avoue la responsable.

Mais pour Robin des bois, il y a pire encore que ces PCB. "D’autres matières encore plus toxiques étaient à bord du navire et l’on ne sait pas non plus ce qu’elles sont devenues", explique la porte-parole Christine Bossard. L’association dénonce un manque de clarté, lequel pourrait prendre fin dès ce week-end, après le retour au pays du navire allemand.

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