De l’Antarctique à la Belgique

Julie Anciaux Publié le - Mis à jour le

Planète

A

près avoir passé plusieurs semaines dans la base Princesse Elisabeth, les chercheurs belges sont revenus au pays. Ils ont travaillé en Antarctique sur six projets portant sur la glace, les nuages, les micro-organismes, les météorites... Aujourd’hui, ils partagent le résultat de leurs recherches et décrivent leur vie dans cet environnement extrême.

Pour Vinciane Debaille, de l’université libre de Bruxelles (ULB), cette expédition dans le continent le plus méridional de la Terre était une grande première. Pendant un mois, la géologue a récolté des météorites, accompagnée d’un collègue de la Vrije Universiteit Brussel (VUB) et de deux scientifiques du National Institute for Polar Research (NIRP) au Japon, dans le cadre d’un projet joliment baptisé "Samba". "L’année passée, 635 météorites ont été découvertes. L’expédition 2010-2011 a permis d’en ramasser 218", explique la jeune femme. Ces débris rocheux, provenant à l’origine de la ceinture d’astéroïdes située entre Mars et Jupiter, sont venus compléter une base de données mondiale, déjà forte de 40 000 exemplaires. Le but étant de "comprendre la formation des planètes et du système solaire par le biais d’informations extraites des météorites".

Pourquoi se rendre spécialement en Antarctique pour récolter des météorites, alors qu’elles tombent partout sur Terre ? "Elles sont transportées par la glace et se retrouvent concentrées dans un même endroit lorsque cette dernière bute sur une roche", raconte notre interlocutrice. "De plus, elles sont faciles à trouver puisqu’elles sont noires sur de la glace blanche !" Mais le plus froid des continents n’offre pas que des avantages aux chercheurs... "La météo dictait notre emploi du temps. Le vent très fort le matin nous empêchait de sortir avant 14h et, vers 18h, le soleil tombait et formait de grandes ombres au sol qui rendait complexe la recherche des roches", témoigne Vinciane Debaille.

Le projet "Samba" aurait été "irréalisable" sans la présence de la base Princesse Elisabeth : "Nous travaillions à 200 km de la station et c’est elle qui nous a fourni la nourriture, les conteneurs où l’on dormait et mangeait, les motoneiges..." Une fois les échantillons ramassés, les scientifiques belges ont encore pu stocker les météorites dans des freezers de la base pour éviter que l’eau terrestre, présente autour des pierres sous forme de glace, ne les contamine.

De glace, il en a surtout été question dans le cadre d’un deuxième projet intitulé pour sa part "Belissima". Frank Pattyn de l’ULB et son équipe ont en effet effectué des carottages de glace et des sondages dans l’océan pour "améliorer les modèles qui prédisent la hausse du niveau marin".

Et là, surprise : l’eau qui provient du dégel de la calotte antarctique et fait augmenter continuellement le niveau de l’océan, regèle à d’autres endroits. "L’eau douce des glaciers est plus légère que l’eau salée de l’océan, elle reste donc à la surface. Comme elle ne subit pas de pression, elle gèle", explique M. Pattyn. Cette nouvelle est loin d’être anodine car l’existence généralisée de ces "glaces marines" pourrait peut-être freiner la montée de l’eau. "A travers ce projet, la Belgique participe ainsi à l’effort international pour mieux estimer la contribution de la cryosphère au niveau marin", conclut le chercheur de l’université libre de Bruxelles.

Les quatre autres projets belges avaient pour thèmes, quant à eux, les micro-organismes, les nuages, l’ozone ou encore l’activité sismique. Ils se poursuivront jusqu’en 2012, 2013 ou 2014 et permettront, à l’instar de "Samba" et "Belissima", de mieux comprendre le monde actuel, mais aussi le monde futur, placé sous l’influence du réchauffement climatique.

Julie Anciaux