De Rio +20 à Rio -20, une samba triste

Gilles Toussaint Publié le - Mis à jour le

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Planète Envoyé spécial au Brésil

Echaudés par les cris et les larmes qui ont émaillé les négociations climatiques de Copenhague, les Brésiliens ont, semble-t-il, décidé de sauver manu militari leur sommet. Depuis plusieurs jours en effet, les débats paraissaient dangereusement s’enliser. Le projet de déclaration finale prenant de plus en plus les apparences d’un golem ingérable, la délégation brésilienne, qui préside la Conférence des Nations unies sur le développement durable, a donc pris la décision de soumettre aux belligérants un texte épuré. Comprenez une déclaration dont tout ce qui fâche avait été retiré pour ne conserver, comme le veut une formule éculée, que le plus petit dénominateur commun. Pas le plus ambitieux, donc...

"Leur souhait était visiblement d’aller le plus vite possible. Ils ont mis une grosse pression pour accélérer les choses", commente un négociateur belge. Au terme d’un nouveau round de discussions mardi matin, une coalition s’est ainsi dégagée autour de cette proposition, laissant l’Union européenne isolée. "Si vous souhaitez un texte plus ambitieux, débrouillez-vous pour trouver un accord", ont fait comprendre en substance les hôtes brésiliens à leurs invités européens. Un "à prendre ou à laisser" qui ne laissait guère d’échappatoire. Un coup de marteau plus tard et le texte en question - pompeusement intitulé "L’Avenir que nous voulons" - était avalisé en séance plénière. Alors même que l’ensemble des chefs d’Etat et autres ministres n’étaient pas encore tous arrivés à Rio... Sauf très grosse surprise, ceux-ci vont donc se contenter d’entériner cette déclaration en y trouvant ici ou là matière à satisfaction.

Du côté des ONG et de la plupart des observateurs présents au "Riocentro", les qualificatifs employés pour évaluer le texte ne sont guère élogieux : creux, vide, nul... Faites votre choix. Mais il est peu probable que les appels lancés aux politiques pour tenter d’en rehausser le niveau d’ici à vendredi soient entendus. Au sein de la délégation européenne, on semblait résigné. Une nouvelle fois, les Etats-Unis, la Russie et en particulier le Canada, sont pointés du doigt pour leur volonté d’empêcher toute avancée significative.

Fondamentalement, ce texte, qui ressemble à un vaste catalogue de bonnes intentions, est pourtant conforme à ce que l’on pouvait en attendre, explique un expert belge qui estime que celui-ci contient tout de même quelques éléments substantiels. Si l’Agence mondiale de l’environnement avec un pouvoir d’impulsion et de sanction que l’Europe appelait de ses vœux ne verra pas le jour, le Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) va être "upgradé" et ses moyens budgétaires renforcés. Un "forum politique de haut niveau" devrait également voir le jour au sein de l’Onu pour y porter les enjeux du développement durable. La participation de la société civile à ces processus sera aussi améliorée.

Un peu plus convaincant, une série d’Objectifs de développement durable (ODD) sont appelés à émerger en 2015. Ceux-ci devront être préablement définis par un comité d’experts scientifiques et un panel intergouvernemental. La protection des océans pourrait aussi faire quelques petits pas en avant avec la perspective, d’ici à 2015 toujours, de voir s’ouvrir des négociations pour aboutir à un protocole fixant des mesures de protection pour les mers situées au-delà des frontières territoriales. La définition d’une stratégie pour dégager de nouvelles sources financières afin de soutenir les politiques durables reste pour sa part très floue. Quant aux ambitions de mettre sur les rails une économie "verte" à l’échelle mondiale, il n’en reste pas grand-chose.

Pas de quoi susciter un fol enthousiasme, donc. "On n’a pas de quoi être fier", commente la ministre bruxelloise Evelyne Huytebroeck, estimant que de négociation en négociation, on ne peut pas continuer à se contenter du minimum. "C’est décevant évidemment, mais on sentait qu’il n’y aurait pas de miracle. Mieux vaut un accord que pas du tout", juge de son côté le ministre fédéral à la Coopération au développement Paul Magnette.

Pour Brigitte Gloire d’Oxfam-Belgique, le sommet "est mort avant d’avoir débuté et manque une occasion unique de mettre sur les rails de grands engagements pour s’attaquer aux vraies causes du sous-développement". Même son de cloche du côté de l’eurodéputée écologiste Sandrine Bélier pour qui Rio +20 n’a permis aucun progrès significatif par rapport à la conférence de 1992. "L’élan se trouve au sein de la société civile qui n’est pas relayée par les politiques nationaux. Cela me conforte dans l’idée que ce sommet, c’est Rio -20."

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