Planète

C’est la publication d’un rapport annonçant la menace d’une possible disparition de l’humanité d’ici 2100 qui a poussé Cyril Dion et Mélanie Laurent à réaliser "Demain".

Positif plutôt que moralisateur, le film présente des solutions alternatives et surtout abouties aux crises sociales et environnementales que vit notre époque.

De Copenhague à San Francisco en passant par l’Inde mais aussi la Belgique, les réalisateurs ont fait le tour du monde à la rencontre des acteurs de demain, ceux qui déjà aujourd’hui survivent grâce à des modèles différents d’agriculture, d’énergie, d’éducation mais aussi d’économie et de démocratie.

En salle depuis le 6 janvier, le succès de "Demain" est fulgurant. Il est l’un des nominés pour le César du meilleur film documentaire, a fait plus de 80 000 entrées depuis sa sortie en salle en Belgique et a dépassé les 700 000 entrées en France. Un livre approfondissant les thématiques abordées a également été publié.

"Beaucoup de réflexion"

"Ce film apporte des idées. Il appelle à beaucoup de réflexion. C’est important, aujourd’hui, d’aborder la question du changement de manière positive et c’est vraiment le plus de ce film", déclarait Céline Fremault (CDH). Convaincue que le message porté par le film peut avoir un impact sur la "génération de demain", la ministre bruxelloise de l’Environnement a organisé des projections gratuites à destination des élèves de cinquième et sixième secondaire à Bruxelles. En tout, plus de 1 800 élèves et 200 accompagnateurs assisteront à une projection du film ce mois-ci.

Engagement citoyen

"Je pensais que si on n’avait rien commencé, c’est parce qu’on n’avait rien trouvé. Alors qu’en fait ce qu’on peut voir ici, c’est qu’il existe plein de choses. C’est juste une histoire de pognon", s’indigne Kazan, élève à l’Ecole active, qui a assisté à une projection du film organisée par Bruxelles Environnement lundi. "Ça m’a fait réfléchir à plein de choses, alors qu’on pense que c’est foutu. On est beaucoup à être résignés à cause des films et des discours alarmistes", embraie Yann, lui aussi élève de l’Ecole active. D’autres retiennent l’engagement des acteurs : "On voit des gens qui trient des déchets et prennent du temps pour changer les choses, parce qu’ils croient en un monde meilleur. Ils m’ont inspiré. J’espère être un jour aussi courageux".

Cette notion d’engagement citoyen est centrale pour Céline Fremault et la raison pour laquelle elle a organisé ces projections : "Je pense que nous sommes dans une période de changement. La jeunesse est importante. Ici à Bruxelles, j’ai été en contact avec plusieurs entrepreneurs de moins de 30 ans qui proposent des projets novateurs qui concernent, par exemple, le gaspillage et le recyclage".

Un outil pédagogique

Pour que les professeurs puissent pousser plus loin la réflexion avec les élèves, la ministre fournit aux écoles participantes un dossier pédagogique intégrant différentes pistes et informations complémentaires.

"C’est une problématique à laquelle il faut sensibiliser les élèves", dit un professeur de l’athénée royal d’Ixelles. Il ajoute qu’ "il y a beaucoup à faire . Dans mon école, les initiatives pour sensibiliser les jeunes à l’environnement ne sont lancées que depuis cette année".

La démarche de la ministre s’inscrit dans la lignée de celle des réalisateurs de "Demain", qui avaient également proposé des projections aux écoles lors de la sortie du film, ainsi qu’un dossier pédagogique et des pistes d’approfondissement.


"Ecolonomie" : le manifeste de l’entrepreneur durable

On a constaté l’engouement pour "Demain", ce samedi 20 février à la Foire du livre de Bruxelles, où le réalisateur Cyril Dion s’est rendu pour présenter le livre du film. A ses côtés, Emmanuel Druon, le patron de Pocheco, la fabrique d’enveloppes durable que l’on voit dans "Demain", a tout autant retenu l’attention. Ce dernier vient lui aussi de publier un livre, "Ecolonomie : entreprendre sans détruire", où il détaille la démarche de son équipe. Ecolonomie, c’est l’économie et l’écologie intégrées. Emmanuel Druon rappelant que leur étymologie est identique : "la gestion de la maison".

Située à Forest-sur-Marque, à proximité de Lille, cette fabrique d’enveloppes existe depuis 1928. "Quand je suis arrivé en 1997, l’équipe était en miettes", se rappelle Emmanuel Druon. Pocheco démontre qu’"il est plus économique de produire de façon écologique".

Pour Emmanuel Druon, l’objectif est de ne rien détruire, "ni le travail, ni le rapport au travail, ni les ressources". Il le fait en suivant un "triptyque" : "supprimer la dangerosité et la pénibilité du travail, inverser l’impact sur l’environnement, gagner de la productivité". "Ma priorité n’est pas de distribuer des dividendes mais de maintenir l’activité de 122 personnes qui en font vivre d’autres." Le tout en restant compétitif.

Pocheco a réduit sa consommation des énergies fossiles - celle de gaz est de zéro. Pour chaque arbre coupé pour sa production, cinq sont plantés. "Nous permettons de capter plus de carbone que nous n’en libérons." Pocheco a aussi modifié les habitudes de transport de ses 122 employés, qui utilisent 28 voitures électriques en covoiturage. Pour Emmanuel Druon, tout est lié : quand un collègue fut brûlé au troisième degré au contact d’une buse soufflante, la disposition a été modifiée pour éviter tout nouvel accident, mais ce fut l’occasion d’utiliser la chaleur émise pour chauffer l’usine, ce qui a réduit le coût énergétique et l’empreinte écologique. Un problème, trois solutions…

"Changer notre logiciel de pensée"

"Ecolonomie" apparaît comme le manifeste d’une philosophie de travail et de gestion d’un nouveau genre. "Il faut changer notre logiciel de pensée", écrit l’entrepreneur, qui fustige l’obsession de la croissance - un "mythe" désormais, "intenable". Il est conscient que toutes les solutions ne sont pas transposables partout. Mais il estime que des solutions existent pour chacun. "Si vous retirez la pression strictement financière, vous pouvez revenir à vous et préserver la planète. On n’en a qu’une."


"Ecolonomie : entreprendre sans détruire", Actes Sud/Domaine du possible, 182 p., 19,80 €