Des JO verts de honte

A.M. Publié le - Mis à jour le

Planète

En 2005, Tony Blair en avait fait une promesse. "Les Jeux olympiques de Londres seront les plus verts jamais organisés", avait avancé le Premier ministre britannique d’alors, peu après que la ville ait décroché le sésame du Comité international olympique (CIO) pour l’édition 2012.

Le développement durable, un enjeu olympique ? Oui, surtout depuis que le même CIO l’a fait "troisième pilier de l’olympisme", avec le sport et la culture.

Mais le verdissement d’un tel événement ne s’improvise pas. Dès 2005, le projet "Towards a One Planet 2012" déposé par le Royaume-Uni visait à concevoir une édition éco-responsable. Deux ans plus tard, une norme britannique était spécialement établie pour pouvoir prendre en compte l’impact environnemental de l’organisation des Jeux de Londres, avant d’être transposée à l’international (l’Iso 20121).

L’équipe s’est donc engagée à ne pas construire de nouveaux parkings autour du site, sauf ceux dédiés aux participants; les autres prendront le métro. Le Comité d’organisation (Locog) a également parié sur des Jeux "sans déchets". Un système de tri (recyclable, non recyclable ou compost) sera donc proposé aux visiteurs sur l’ensemble du site. Flambant neuf, le vélodrome situé au Nord du parc olympique est un bâtiment à haute performance énergétique : naturellement ventilé, il ne nécessite pas de climatisation. La piscine, elle, accueillera 17 000 spectateurs pendant les Jeux, et sera transformée en piscine publique de 3 000 places après cet été. "C’était notre objectif, confirme David Stubbs, le responsable de la durabilité de l’édition 2012. Bâtir de manière permanente ce qui sera utile aux locaux après les Jeux, et penser éphémère ce qui ne le sera plus."

En clair : les Anglais se sont préparés. Mais alors que les JO s’ouvrent aujourd’hui, des voix dissonantes s’élèvent contre les enjeux "verts" de Londres 2012.

Dans un premier bilan écologique de l’événement, les ONG BioRegional et WWF donnent le ton. Quelque 20 % de l’énergie consommée par les Jeux devaient être renouvelables ? Seuls 9 % le seront finalement, à cause de l’abandon du projet éolien et du remplacement de la biomasse par du gaz dans le système global de climatisation. Si les auteurs du rapport applaudissent la gestion des déchets de construction (dont 98 % ont été réutilisés), ils prévoient que la promesse d’une quinzaine "zéro carbone" ne sera pas tenue.

La commission pour la durabilité des Jeux déplore aussi l’impact considérable de la fabrication des dizaines de milliers de tasses, t-shirts, porte-clés et autres produits dérivés ou griffés "JO de Londres 2012".

L’éthique, d’ailleurs, est une belle épine dans les pieds de Wenlock et Mandeville, les deux mascottes (moquées) de l’édition britannique. Car ce sont avant tout les sponsors, financeurs d’une bonne moitié des Jeux, qui ternissent dans le même temps leur image.

En première ligne : le géant minier anglo-australien Rio Tinto, qui fournit l’acier des médailles olympiques, critiqué pour ses techniques polluantes; BP, responsable de la marée noire du Golfe du Mexique; et Dow Chemicals, repreneur d’Union Carbide, l’entreprise responsable de l’une des pires catastrophes écologiques au monde. En 1984, l’explosion de l’usine de pesticides d’Union Carbide à Bhopal, en Inde, avait fait quelque 20 000 morts (mais "seulement" 3 500, officiellement).

Face à la pression des associations de victimes, Dow Chemicals a dû renoncer à faire figurer son logo sur les parois de l’immense stade londonien. Mais ne s’est pas retiré de l’événement pour autant

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