Des meubles éco(lo)s

Isabelle Masson-Loodts Publié le - Mis à jour le

Planète

Société familiale spécialisée dans les meubles modulaires depuis plus de 50 ans, Kewlox a traversé une passe difficile au début de la décennie. Dès son arrivée en 2001, le nouvel administrateur délégué Georges Fontaine a donc eu pour projet de rationaliser l’efficience énergétique de l’usine de Leuze (près d’Eghezée). Pour atteindre cet objectif, l’entreprise a entamé de front deux chantiers : la mise au point d’un système de récupération des chutes de bois, d’une part, et la rationalisation de sa consommation électrique, d’autre part.

La poussière de bois, qui semblait inutilisable, est désormais utilisée pour alimenter la station de chauffage de l’usine. Installée en 2002, cette nouvelle chaudière a permis de faire passer la consommation de mazout annuelle de 60 000 litres à moins de 3 000 litres. "Ce système est combiné avec une automation très complète et complexe, qui tient compte des consommations électriques, des points horaires : c’est un système intégré", explique Georges Fontaine, rappelant qu’il n’a pas été facile d’imposer ces changements qui réclamaient d’importants investissements. "En 2001, l’entreprise était exsangue. Imaginez l’effet, quand on a dit qu’on allait consacrer 6 000 000 de francs à un nouveau système de chauffage à chaudière automatisée. A l’époque, on payait pour évacuer des copeaux qui n’étaient pas triés. Pour séparer les poussières des beaux copeaux, on a investi dans des tuyaux sans que ça rapporte quelque chose au départ. Mais il fallait passer par là, si on voulait pouvoir utiliser ces matières un jour !" Grâce à ce système adapté aux besoins spécifiques de l’usine par ses propres services, l’environnement de travail est devenu moins froid, moins bruyant, et la consommation énergétique de production d’un meuble est passée de 25 à 12 kwh.

Autre indice de la volonté de cohérence du fabricant : le bois utilisé est exclusivement labellisé PEFC. L’entreprise, dans sa volonté de privilégier le bois local, a modifié ses machines afin de pouvoir utiliser le hêtre belge. "On se donne du mal pour faire certaines pièces comme les tasseaux en hêtre, parce qu’on sait avoir du hêtre belge, et que nos déchets peuvent être recyclés en tasseaux. Ça coûte cher, mais ce n’est pas grave. On pourrait utiliser du bois qui vient des forêts amazoniennes et qui se travaille plus facilement. Mais on se dit qu’on a de la forêt ici, et qu’il vaut mieux que le bois serve à ça plutôt qu’à en faire des pellets."

La structure particulière des meubles Kewlox, en acier et en bois massif, permet en outre l’usage de panneaux beaucoup plus minces que la plupart des autres meubles du marché. "A dimensions comparables, le poids des panneaux est trois fois moindre, ce qui réduit d’autant leur émission de formaldéhyde." Non contente de voir ses meubles se situer à une distance très confortable des normes les plus strictes (E1) en la matière, Kewlox est en train de mettre au point un programme inédit qui permettra de calculer une teneur en produits nocifs par meuble, en fonction, d’une part, de la surface du panneau et de la vitesse de dégagement de ces substances, et, d’autre part, de leur quantité brute contenue dans chaque élément du meuble.

Ayant entamé cette (r)évolution dès le début des années 2000, l’entreprise continue à se remettre quotidiennement en question afin de faire mieux... Produisant trop d’eau chaude par rapport à ses besoins à partir de la fin de l’hiver, elle souhaiterait la valoriser sous forme d’électricité ou en collaborant avec un horticulteur pour produire des légumes hâtifs sous serre. Idéalement placée sur un plateau venteux et entourée de champs, l’usine rêve de s’adjoindre une éolienne. L’entreprise s’est récemment penchée sur son parc automobile et la gestion des kilomètres effectués par sa flotte. D’ici fin 2011 et l’arrivée du premier véhicule hybride chez Kewlox, les clients pourront recharger gratuitement leur véhicule électrique sur la borne du magasin durant leurs achats.

Quand on lui demande si ces démarches sont avant tout guidées par une volonté de rentabilité économique ou si elles découlent d’un réel souci écologique, Georges Fontaine répond sans hésiter : "Je n’aime pas le terme "écologie" : il a une connotation politique et est mis à toutes les sauces. Je préfère le terme "environnement", parce qu’il se rattache à des éléments industriels et à des éléments de mesure. Faire attention à l’environnement, c’est commencer par ne pas gaspiller. Le non-déchet permet de réaliser un profit. Je ne vois pas de divergence entre ces deux idées : c’est tout bénéfice pour l’entreprise, et tant mieux si la planète est un peu plus verte."

Isabelle Masson-Loodts

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