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L'île de Cuba a beau être une destination prisée des touristes, elle n'en reste pas moins une cible privilégiée des ouragans et autres tempêtes tropicales. Sa localisation dans les Antilles, propice à subir les ouragans formés près de l'Afrique ainsi que ceux qui se créent au large du Mexique, de même que sa forme allongée en font une région à risques. C'est ce que souligne Jean-Noël Degrace, météorologue de Météo France en Martinique, à nos confrères du Monde.

Depuis 1950, c'est en moyenne une fois tous les cinq ans que l'archipel est frappé par une dépression majeure, de catégorie 3 ou supérieure. Mais ce qu'Irma a engendré comme dégâts est sans pareil pour Cuba. Il s'agissait du premier ouragan de cinquième catégorie, sur une échelle de cinq, à atteindre l'état insulaire en cinquante ans. Et la tendance devrait aller croissant, à en croire Jose Rubiera, spécialiste des ouragans pour le compte de l'Institut national cubain de météorologie. "On a déjà enregistré neuf ouragans majeurs ces seize dernières années, contre quinze au XXe siècle."

Face à cette menace grandissante, Cuba n'a pas attendu la multiplication récente des catastrophes naturelles saisonnières pour se prémunir. Et les précautions des Cubains trouvent leur source dans le passage dévastateur de Flora en 1963, responsable de près de 2000 morts sur l'île.

En tête des mesures décrétées se trouve un vaste programme d'évacuation auquel tous les habitants sont aujourd'hui rodés. A titre d'exemple, avant le passage d'Irma c'est un onzième de la population, composée de onze millions d'âge, qui a migré vers des centres d'accueil ou a trouvé refuge chez un voisin au logement plus robuste.

Et pour mettre en place ces évacuations à grande échelle, l'Etat y met les moyens. Benigno Aguirre, professeur au centre de recherches sur les catastrophes de l’université du Delaware, souligne que la défense civile « a le droit de déclarer une situation d’urgence nationale et d’obliger les populations à évacuer, y compris par la force ».

A ces mesures coercitives, qui relèvent de la sécurité de la population, s'ajoutent des programmes d'entraînement réguliers. Dénommés "Météores", ces exercices rassemblent des centaines de milliers de sujets et sont organisés par la défense civile, qui "fait des annonces dans les médias et s’appuie sur les excellents services de l’Institut national de météorologie" pointe M. Aguirre.

Un dispositif qui permet d'expliquer le faible bilan humain dont peut se targuer Cuba après le déchaînement des éléments. Après le passage d'Irma, ce ne sont "que" dix décès qui ont été recensés, dont une majorité après avoir refusé l'ordre d'évacuation.

De la prévention, pour pallier les problèmes de reconstruction

Seule ombre au tableau, dénoncée par Benigno Aguirre, le manque de résilience. Aussi bien chez les civils que chez les responsables de l'archipel, on retrouve une incapacité à se reconstruire. Malgré avoir été en mesure d'adapter leur manière de vivre au moment des catastrophes, les Cubains ne parviennent pas à gérer la situation post-événement.

"Le gouvernement sauve des vies mais ne peut pas aider les gens à reconstruire durablement leur maison, dans un contexte de déficit majeur de logements" soulève M. Aguirre, qui fait enfin mention du manque d'initiatives citoyennes dans la prévention des ouragans, qui seront plus nombreux et plus puissants.