Doel 3 passera-t-elle l’hiver ?

Agathe Mahuet Publié le - Mis à jour le

Planète

Il avait laissé entendre que les anomalies découvertes sur la cuve du réacteur de Doel 3 étaient nombreuses. "Un peu trop à notre goût", avait-il lâché la semaine dernière. Jeudi, le patron de l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN), Willy De Roovere, s’est montré plus précis, révélant que l’anneau inférieur de la cuve comptait un total "de l’ordre de 8 000 fissures, chacune faisant quelque 2 cm" .

Ce ne sont que des "indications de défauts", a-t-il expliqué à l’issue d’une réunion technique regroupant les autorités de contrôle nucléaire de pays disposant de cuves similaires. "Et elles resteront sans doute toujours à l’état d’indications, car il est impossible d’aller les vérifier plus précisément dans cette partie basse de la cuve ." Pourtant, le discours tenu sur la nature de ces "probables fissures" s’est affiné en quelques jours. Le directeur de l’AFCN parle désormais de petites bulles légèrement aplaties, probablement formées au moment du forgeage - des "défauts dus à l’hydrogène" (DDH), dans le jargon technique, qui remonteraient donc bien à la fabrication de la cuve, et qui excluraient la piste d’une dégradation plus tardive de sa partie la plus basse.

Pourtant, la responsabilité des deux acteurs concernés par la conception du cylindre d’acier - qui abrite, entre autres, le combustible nucléaire - " sera difficile à séparer ", selon le numéro 1 de l’AFCN. Entre le fabricant néerlandais de la cuve, Rotterdamsche Droogdok Maatschappij (RDM), et le fournisseur d’acier brut, l’allemand Krupp, Willy De Roovere ne peut dire, actuellement, sur qui reposent les failles.

Les analyses complémentaires demandées par l’agence et par sa filiale technique Bel V sur l’état de la cuve de Doel 3 permettront-elles de le découvrir ? Elles seront en tout cas "clôturées fin septembre", date à laquelle Electrabel envisageait précédemment de relancer la centrale. Mais l’AFCN continue d’afficher une mine sceptique sur le sujet. Il faudra en fait attendre octobre pour que les résultats des analyses soient présentés à l’Agence, à son conseil scientifique et à un "forum international d’experts", avant qu’une nouvelle réunion des autorités de sûreté ait lieu "courant octobre".

En clair, le sort de Doel 3 ne devrait pas être réglé si vite. "On a le temps d’attendre", a commenté Willy De Roovere, estimant qu’il pourrait s’écouler "encore des mois avant de prendre une décision finale".

Dans le même temps, le réacteur de Tihange 2, arrêté jeudi pour une "révision de routine", profitera également d’un état des lieux plus poussé à l’endroit de sa cuve. Selon une porte-parole de la centrale, l’inspection devrait commencer vers le 10 septembre et durer quelque 5 semaines. "Si on ne repère rien d’anormal, Tihange 2 pourra repartir mi-octobre", juge le directeur général de l’AFCN. Si, au contraire, des anomalies similaires sont observées dans la cuve de son réacteur, c’est l’ensemble du parc nucléaire belge qu’il faudra alors passer aux ultrasons.

Le recours à cette méthode d’inspection par capteurs ultrasoniques, jamais utilisée en Belgique, continue pourtant de poser question. C’est son application en 2004 sur la centrale française du Tricastin - permettant de déceler là-aussi quelques anomalies - qui aurait poussé les responsables de Doel 3 à y recourir également... huit ans plus tard. "Une inspection par contrôle thermique menée en juin 2012 et destinée à vérifier l’état du revêtement de la cuve nous a mis la puce à l’oreille, car nous avons alors repéré quelque chose dans la masse, justifie Willy De Roover. Nous avons alors procédé en juillet à une deuxième inspection, à l’aide cette fois d’ultrasons, ce qui a confirmé l’existence d’anomalies." Pourquoi, cependant, avoir attendu si longtemps pour le faire ?

Les représentants des autorités de contrôle conviés hier à la conférence bruxelloise n’ont pas été poussés à réaliser les mêmes inspections sur leurs propres réacteurs, assure l’AFCN. "Ce n’est pas notre rôle de les y obliger", s’est défendu le patron de l’agence belge, ajoutant tout de même, d’un air entendu, que certains pays - sans les citer - "ne prendront pas de risque avec le nucléaire". Pour Greenpeace, cependant, le passage de tous ces réacteurs à l’épreuve des teste par ultrasons devrait être une priorité. "Les normes internationales de contrôle doivent être harmonisées, explique l’organisation, pour que le contrôle de la cuve entière ne soit plus une exception."

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