Doha : l’espoir de nouveaux petits pas pour le climat

Gilles Toussaint Publié le - Mis à jour le

Planète

Confiance. S’il faut choisir un mot qui constitue la clef de la nouvelle session des négociations sur le climat qui débute ce lundi à Doha (Qatar), c’est bien celui-là. L’an dernier, la grand-messe annuelle des Nations unies a abouti à un "gentlemen’s agreement" au terme d’interminables discussions ponctuées de rebondissements dignes du revival de la série "Dallas". Celui-ci prévoit d’une part que les pays industrialisés s’engageront formellement dans une seconde période du protocole de Kyoto dont la première phase arrive à échéance le 31 décembre de cette année.

D’autre part, un groupe de travail a été mis sur pied pour élaborer l’architecture d’un futur accord mondial impliquant cette fois tous les pays de la planète dans la lutte contre le réchauffement. Celui-ci devrait être adopté en 2015 pour entrer en vigueur aux environs de 2020.

A Doha, il s’agit à présent de construire un édifice solide et ambitieux sur ces maigres fondations. La dernière réunion préparatoire qui s’est tenue à Bangkok en septembre a, selon les échos, permis d’avancer dans un climat constructif.

Mais le chemin n’est pas pour autant pavé de roses. Il est avant tout essentiel de confirmer la prolongation de Kyoto, mais aussi de s’assurer que cette deuxième phase sera rapidement effective. En pratique, sa portée est aujourd’hui très symbolique. Les pays qui en font partie ne représentent, en effet, plus qu’environ 15 % des émissions de CO2 mondiales, compte tenu de l’abandon du navire annoncé par les Canadiens, les Japonais et sans doute les Russes (alors que les Américains sont toujours restés à quai).

Ce protocole demeure néanmoins très important aux yeux des pays en voie de développement, car il marque la ligne de démarcation avec les "vieux" (et riches) pays industrialisés, historiquement responsables des émissions de gaz à effet de serre qui ont chamboulé la mécanique climatique. " Il reste en outre le seul outil contraignant ", souligne Jan Vandermosten, responsable du dossier climat au WWF-Belgique.

Pour l’ONG, cette seconde période d’engagement devrait idéalement être de cinq ans plutôt que huit comme le prévoit le projet actuel; histoire de pouvoir adapter le plus rapidement possible les efforts de réduction nécessaires en fonction des prochaines conclusions des experts du Giec. Celles-ci sont attendues en 2014.

En attendant, le WWF appelle également les pays à hausser leur niveau d’ambition actuel pour rejoindre la trajectoire qui permettrait de limiter la hausse du réchauffement à 2°C. "L’Union européenne doit s’engager à atteindre 30 % de réduction en interne d’ici 2020 par rapport à 1990 plutôt que les 20 % actuellement prévus ", souligne M. Vandermosten. La Belgique est évidemment concernée au premier chef.

Querelles belgo-belges

Autre enjeu crucial : les promesses de financement faites au pays du Sud devront être tenues. A Doha, on fera le bilan comptable de l’aide d’urgence de 30 milliards de dollars qui devait être débloquée pour la période 2010-2012. Et il est probable que l’on débatte d’une deuxième enveloppe qui, aux yeux du WWF, devrait au moins être doublée pour la période 2012-2015. Sur ces questions de gros sous, notre pays se présentera quelque peu gêné aux entournures, puisqu’il n’a déboursé que 88 des 150 millions d’euros promis pour la première tranche, faute d’être arrivé à un accord entre Régions et Fédéral ("La Libre" du 17/11). " Il va falloir à un moment que l’on se mette à table pour régler ce problème car cela nuit à notre crédibilité ", commente le Secrétaire d’Etat à l’Environnement Melchior Wathelet - qui représentera la Belgique au Qatar.

Des quotas de CO2 aux enchères

En attendant, il tentera de rassurer ses partenaires internationaux en mettant en avant les 54 millions d’euros que le gouvernement fédéral vient de "préempter" sur les recettes de la future vente aux enchères des quotas de CO2 prévue l’année prochaine dans le cadre du système européen de droits d’émissions. Cette somme pourra si nécessaire servir à remplir les engagements belges. Une décision qui a fait hurler le ministre flamand du Budget, Philippe Muyters (N-VA), et le ministre wallon de l’Energie, Jean-Marc Nollet (Ecolo). " Les Régions ont tendance à considérer que l’Environnement est une compétence régionale quand il y a de l’argent à prendre et fédérale quand il faut contribuer" , rétorque M. Wathelet, qui espère que les enjeux discutés à Doha rappelleront à tous que "ces querelles belgo-belges sont quasi indécentes".

Quoi qu’il en soit, la Belgique entend jouer un rôle utile de facilitateur lors de ce sommet. "Le plus important est de faire en sorte que la prolongation de Kyoto soit la plus conforme à ce qui existe actuellement. C’est vrai que l’on aimerait qu’il y ait encore plus de pays engagés dans le cadre de celui-ci, mais il est essentiel de conserver ce modèle et ses acquis - les objectifs contraignants, les mécanismes d’évaluation - pour le nouvel accord de l’après-2020." Seconde priorité assignée aux négociateurs belges, contribuer à ce que le futur accord global et contraignant pour tous les pays se fasse dans le respect de l’équité et du principe de "responsabilité commune mais différenciée" des différentes parties. Un ingrédient majeur pour l’établissement de ce fameux climat de confiance. On y revient décidément.

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