Droit à l'Alimentation: "hors des crises, on n'avance pas"

afp Publié le - Mis à jour le

Planète A la veille de la Journée mondiale de l'Alimentation, célébrée mardi, le rapporteur des Nations unies pour le droit à l'Alimentation Olivier De Schutter regrette le manque de mobilisation des gouvernements dans la lutte contre la malnutrition.

"Hors des crises on n'avance pas", constate-t-il dans un entretien à l'AFP à Rome alors que selon les dernières statistiques de la FAO, le Fonds de l'ONU pour l'Agriculture et l'alimentation, 870 millions d'humains (1 sur 8) souffrent toujours de la faim et que ce chiffre a cessé récemment de reculer. "Chaque fois qu'une crise survient, on relance les efforts sans qu'ils soient ensuite mis en oeuvre: c'est difficile de mobiliser les gens hors période de crise", insiste M. De Schutter.

En juin 2011, le G20, le club des 20 principales économies de la planète, s'était engagé à lutter contre la spéculation sur les prix agricoles, à réguler les politiques d'agrocarburants et à constituer des stocks d'urgence prépositionnés dans les pays à risques afin de pouvoir réagir immédiatement en cas de menace alimentaire.

"Mais il semble que ce momentum soit perdu", constate l'expert belge. "On a au sein du G20 de grandes puissances agricoles qui croient que les réactions du marché suffiront à tuer l'impact des crises et ne voient pas l'intérêt de lutter contre la volatilité des prix", tels Brésil, Argentine, Etats-Unis, Australie, exportateurs majeurs de céréales avec l'Union européenne. "J'avoue être moins confiant", confesse-t-il.

Certes il n'y a pas aujourd'hui de crise comparable à celle qu'avait suscitée la flambée des prix agricoles en 2007-2008. Mais la sécheresse qui a durement frappé les Etats-Unis, celle qui est en train de s'abattre sur une majeure partie de l'Australie, les moindres récoltes de céréales en Europe et autour de la Mer Noire, tout concourt à entretenir la tension sur les marchés agricoles. Au risque de pénaliser les importateurs les plus pauvres.

Cette année le riz tient parfaitement son rang. En revanche, "les prix du blé, du soja et du maïs sont affectés par les chocs climatiques qui vont devenir la norme dans les années qui viennent", remarque Olivier De Schutter.

Pour se donner les moyens d'agir en amont, en cas de crise, le G20 s'est doté d'un mécanisme, le Forum de réaction rapide (FRR), censé faciliter la communication entre les pays et la transparence mutuelle sur les réserves disponibles... Mais il ne s'est jamais réuni depuis.

La France notamment a plaidé en septembre pour une convocation du FRR mais l'idée n'a pas été retenue et aujourd'hui, le caractère d'urgence du mécanisme semble le condamner, estime l'expert. "Il s'agissait de pouvoir réagir face à un marché qui deviendrait irrationnel, mais c'est ce qui a finalement desservi le mécanisme: toute convocation serait interprétée comme un mouvement de panique et risquerait d'envoyer de mauvais signaux aux marchés".

Pour lui, "on s'enferme dans une situation impossible où on n'ose pas prendre les devants pour se parler". "Il faut dédramatiser le FRR, qui doit devenir routinier pour jouer son rôle", affirme-t-il. "Car le réunir aujourd'hui, c'est avouer qu'on est dans une crise et ça, les gouvernements n'en veulent pas".

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