Du vin à Liège

Isabelle Masson-Loodts Publié le - Mis à jour le

Planète

A Liège, hormis quelques pieds de vigne amoureusement entretenus par une poignée de viticulteurs en herbe, il n’existait pas, jusqu’il y a peu, de projet d’exploitation viticole ambitieux... C’était sans compter sur le dynamisme et la créativité de Fabrice Collignon.

Administrateur de l’asbl La Bourrache, l’ingénieur commercial avait discuté plus d’une fois avec les formateurs de cette association de formation par le travail en maraîchage biologique : "quand je me plaignais du faible rendement des plantations de légumes sur nos terres des hauteurs de Liège, ils me disaient souvent que le terrain était pauvre et caillouteux et conviendrait mieux à la vigne. Moi qui aime le vin, j’ai pensé que c’était une bonne idée..."

Dès septembre 2009, Fabrice Collignon s’entoure d’un groupe de pilotage, dont les membres ont analysé la faisabilité technique d’une production de vin de qualité en Belgique mais aussi l’existence d’un marché pour écouler ces produits. Cette expertise confirme l’opportunité de lancer une société.

Pour réunir le capital qui permettra d’acheter et de planter 10 hectares de vignobles, le choix se porte sur la constitution d’une société coopérative, forme juridique qui permet de donner toute son ampleur au projet tout en lui conférant une dimension sociétale. "Nous avions envie d’un projet participatif, dans lequel les actionnaires puissent s’impliquer, explique Fabrice Collignon. Ils seront invités à venir planter avec nous les premières vignes, et plus tard, ils pourront participer aux vendanges."

Le 21 décembre 2010, 27 coopérateurs fondateurs ont officiellement, devant notaire, fait naître la société coopérative "Vin de Liège". Ils devraient être rejoints tout au long de l’année 2011 par d’autres coopérateurs recrutés au sein du grand public et des entreprises, à raison de 500 € la part. Ces prises de parts devraient permettre de lever un capital d’1 000 000 d’euros, auxquels s’ajouteront quelque 750 000 euros d’emprunts.

Tandis que la levée de fonds est en cours, la coopérative a entamé une nouvelle phase de préparation de la mise en place de son vignoble, grâce à l’engagement de Romain Bévillard, jeune viticulteur et œnologue, formé à la viticulture en région Nantaise et à l’œnologie à Reims en terre Champenoise. "Romain n’a que 24 ans, mais il est polyvalent et partage les valeurs environnementales et humaines que nous souhaitons défendre dans ce projet."

Pour éviter de suivre le modèle de la viticulture traditionnelle, à grands renforts de pulvérisations de produits chimiques, le choix des cépages s’est porté sur le Régent (en rouge) et le Johanniter (en blanc, proche du Riesling), des variétés naturellement résistantes et produisant des raisins de qualité, mises au point par les instituts viticoles allemands.

A la recherche d’un produit authentique, de haute qualité, et respectueux de l’environnement, le projet tient aussi à recouvrir une dimension sociale : "On voudrait faire participer les stagiaires de La Bourrache aux travaux du vignoble et donner l’occasion à "Vin de Liège" de devenir un centre de formation", reprend Fabrice Collignon.

Ce volet d’activités aura lieu dans la partie du domaine qui aura aussi pour fonction d’être la vitrine de l’entreprise : les Coteaux de la Citadelle. En pente forte, et peu mécanisable, ce terrain sera complété par une autre surface située en Basse-Meuse, davantage productive car en pente faible.

Les premières plantations de vignes, initialement prévues ce printemps 2011, auront sans doute lieu en 2012 : les négociations pour l’acquisition des terrains sont en cours... D’ici là, le défi reste de recruter des coopérateurs investisseurs intéressés par ce modèle économique original. "Vin de Liège" vise à leur offrir une rémunération du capital équivalente au taux de l’épargne, voire au-delà, tout en affectant également une partie des bénéfices à ses finalités sociales. "Ce n’est certes pas facile", admet Fabrice Collignon, qui s’apprêt à présenter une nouvelle fois son projet au public les 28 mai et 25 juin prochains à Liège. "Mais nous constatons qu’il y a une part croissante de personnes qui souhaitent investir de façon différente : on leur propose ici un projet concret, loin de la spéculation aveugle."

Isabelle Masson-Loodts